AG 2018: Rapport moral ALEC de l’année 2017

Lors de l’assemblée générale 2017, je vous avais présenté un rapport moral empreint, me semble-t-il, de fierté et d’espérance. L’année 2016 avait vu naître notre nouveau modèle économique et j’avais salué l’engagement des collectivités à nos côtés, en particulier celui du Département et de l’ensemble des intercommunalités qui contractualisent avec notre agence. J’avais également insisté sur les responsabilités qui nous incombaient, compte tenu de la confiance que les territoires nous témoignaient. Grâce aux cotisations et aux apports associatifs, notre association a retrouvé le fonds de roulement nécessaire à son fonctionnement, de la sécurité et, par définition de la sérénité.

Au cours de l’année 2017, notre agence n’a pas démérité. Sans empiéter sur le rapport d’activités, je veux tout de même souligner l’engagement constant de l’ensemble des salariés, de chacun des membres du bureau et du conseil d’administration pour accompagner nos territoires vers la transition énergétique. Sur le plan opérationnel, nous avons, entre autres :

  • Adapté nos méthodes d’intervention pour accroitre l’impact et l’accompagnement des filières économiques
  • Poursuivi le travail de partenariat et de structuration des ingénieries (Collectif Habiter son territoire, Collectif PCAET, Collectif Bois Bocager, travail conséquent avec le SIEGE 27, travail en commun avec le CAUE sur le programme Vallées Habitées, nombreux échanges techniques avec nos partenaires : ADEME, DDTM, CAUE, ADIL, CD27, …
  • Développé une offre de formation à destination des collectivités, entreprises et structures d’animation pour « Accompagner le changement » et permettre le déploiement de réseau d’Eco-agents sur les thématiques Energie/Climat

En quelques chiffres, notre activité a permis d’économiser environ ½ million d’euros d’énergie, de solliciter 13.3 millions d’euros de subventions, d’induire environ 25 millions d’euros de chiffre d’affaire et de maintenir ou de créer de nombreux ETP, d’éviter l’émission de 4826 t de CO2 ce qui représente la bagatelle de 67.5 millions de kilomètres en Twingo…

Sur le plan politique (au sens noble du terme), nous avons soutenu au national un amendement du dernier projet de loi de finances pour permettre la création de la Contribution Climat Energie afin de permettre aux EPCI et aux Régions, les chefs de file de la Transition Energétique, de bénéficier d’un financement pour mettre en œuvre les actions des PCAET. A cette fin, nous avons rencontré les députés et les sénateurs de notre département et soutenu les actions et propositions de nos réseaux nationaux (FLAME, AMORCE, AdCF, CLER…).

Il faut également souligner que notre gouvernance s’est élargie au fil de l’année 2017. Nous avons vu se renforcer le collège Collectivités avec l’adhésion des intercommunalités du Pays de Conches, de Bernay Terres de Normandie et d’Eure-Madrie-Seine ainsi que le collège Entreprises avec Energy Consult, EDF et Enercoop.

 

Malheureusement, ce répit aura été de courte durée. Je vous retrouve cette année beaucoup moins sereine que l’année dernière et pour être tout à fait franche, je suis même foncièrement inquiète. Je me dois, autant par respect des statuts de notre association que par devoir moral, de vous alerter sur les risques que l’agence encourt cette année.

Après le désengagement de la Région, nous avons appris en mars 2018 que l’ADEME, dont le budget a également été contraint par la loi de finances 2018, a décidé de ne plus soutenir que l’Espace Info Energie, sans dialogue préalable. En tout, nous perdons près de 30% de notre budget pour l’année 2019.

Nous avons alors recherché le dialogue avec la Région, l’ADEME, le Département, le SIEGE, élaboré des scénarios, des plans A, B, C, D… remis en cause et réinterrogé nos fonctionnements. Nous vous présenterons à l’occasion de cette assemblée générale les propositions présentées. Des collectivités supra-territoriales, seul le Département a accepté d’engager la discussion et d’étudier les différents scenarios que nous avions élaborés. Pour autant, aucune solution n’a, à ce jour, été trouvée.

Je voudrais aujourd’hui vous livrer mes réflexions, car, tant qu’à présenter un rapport moral, il me semble important de vous soumettre aujourd’hui mon analyse de la situation dans le département de l’Eure d’une part, et sur le plan national, d’autre part.

Après mes premières assises de l’Energie début 2016, j’avais écrit un édito de la newsletter de l’ALEC qui s’intitulait « De la dimension érotique de la transition énergétique » reprenant ainsi les termes de Patrick Viveret, célèbre philosophe et essayiste. Dans cet édito, j’avais affirmé que le financement de la transition énergétique est possible. Le manque d’argent ne peut être opposable à la transition énergétique. L’argent existe mais pour le mobiliser, il faut plusieurs ingrédients :

  • la volonté politique
  • l’ingénierie
  • l’ingéniosité
  • des partenariats multiples.

Ce que j’ai écrit en février 2016 est plus que jamais d’actualité. La volonté politique est présente, pas partout et pas à tous les échelons. Elle l’est en tout cas au sein des EPCI à fiscalité propre, et c’est probablement une des raisons qui entraîne mon attachement au fait intercommunal. Nos communautés ne se trompent pas lorsqu’elles placent, de plus en plus souvent, la transition énergétique au cœur de leur projet de territoire.

J’ai entendu les arguments et les explications de l’Etat, de l’ADEME, de la Région, du Département, du SIEGE. Je suis d’ailleurs d’accord avec le Département lorsque son Président me dit et écrit que la responsabilité de l’avenir de notre structure incombe à la Région et à l’ADEME. Mais la seule question à laquelle nous devons répondre individuellement et collectivement est finalement : voulons-nous répondre aux défis de la transition énergétique ? Sommes-nous prêts à nous engager pour sauver et notre planète et notre humanité ? Voulons-nous vivre ? Voulons-nous que nos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants vivent ?

En réalité, personne ne peut se dédouaner de cette question : ni les habitants de nos territoires, ni nos collectivités, ni l’Etat, ni même l’Europe…

La France présente un retard incroyable à ce jour dans presque toutes les dimensions de la transition énergétique. La mobilisation de la finance verte ne suffira pas à le combler, surtout si les territoires n’en voient pas la couleur. Les grands discours doivent être suivis d’actes sinon, quel que soit le niveau politique d’où ils sont prononcés, la parole est discréditée.

En réalité, c’est d’audace que nous manquons dans le département de l’Eure, dans notre région Normandie et en France. Sénèque disait :

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

 

Je ne sais pas, malheureusement, ce que deviendra notre ALEC dans les mois à venir. J’ai écrit en janvier dernier que continuer d’espérer est plus exigeant que de renoncer. Cela nous force à agir, à rester déterminés ! C’est dans cet état d’esprit que j’étais en janvier, c’est dans cet état d’esprit que je suis encore aujourd’hui. C’est pourquoi je place ce rapport moral sous la citation de René Char, poète et résistant célèbre. Elle a souvent été reprise par des personnalités politiques mais elle prend pour moi un sens inédit au regard de notre situation et, sans craindre de la galvauder, je la dédie à chacun des salariés de notre agence, et à l’équipe toute entière :

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. »

Anne TERLEZ

Présidente de l’ALEC 27

16 juillet 2018
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