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Chaux naturelle et rénovation du bâti ancien

Les chaux naturelles sont utilisées depuis des siècles comme des liants pour la maçonnerie.
Un exemple bien connu en France, le Pont du Gard, en réalité un aqueduc, classé monument historique depuis 1840, a probablement été bâti au cours du premier siècle après JC en utilisant de la chaux naturelle.
Une des propriétés de la chaux est sa grande souplesse, surtout pour la chaux aérienne, qui fait sa prise (ou carbonatation) en contact avec l’air. Il est évident qu’au cœur du pont il n’y a pas d’air et par conséquence, la prise de la chaux n’a jamais été complète. Ceci explique sa grande résistance à la déformation, la maçonnerie ne se fissure pas puisque les joints restent élastiques.

Différentes chaux, différentes utilisations

La chaux est fabriquée à partir de roches silico-calcaires broyées, chauffées et réduites en poudre. Selon la composition du matériau de base, la chaux obtenue peut être aérienne ou hydraulique.
La chaux aérienne se présente sous deux formes, en poudre ou en pâte, la chaux hydraulique uniquement en poudre.

La chaux aérienne

La chaux aérienne se trouve à plusieurs grades de pureté. Une chaux CL90 est pure à 90%, une chaux CL98 est pure à 98%.
Elle fait sa prise uniquement avec le CO2 présent dans l’air. De ce fait, on peut conserver la chaux aérienne soit sous forme de poudre, soit sous forme de pâte. Cette dernière est normalement obtenue à base de chaux aérienne vive, éteinte et mise en seau, recouverte d’une fine couche d’eau et peut être conservée pendant des années tant que la couche d’eau couvre la pâte.
La chaux aérienne est surtout utilisée pour la fabrication de peintures (les badigeons), destinées à la décoration intérieure. Les recettes sont multiples et le support et les adjuvants sont utilisés en fonction du résultat souhaité .
En effet, pour la fabrication d’une peinture, la chaux seule ne suffit pas, elle sert uniquement de liant. Elle doit être additionnée d’une charge et d’un fixateur, et éventuellement de pigments. Vous pouvez trouver facilement des recettes de peinture à la chaux dans la littérature ou sur internet.

Quelques règles d’utilisation à respecter dans tous les cas :
– Protéger les mains et les yeux, la chaux est corrosive !
– Appliquer les peintures à la chaux sur des supports « ouverts », absorbants, et exempts de poussière et de graisse.
– Bien humidifier les supports auparavant, à refus, sous peine d’avoir des peintures qui « farinent ».

La chaux hydraulique

La chaux hydraulique fait sa prise avec le CO2 contenu dans l’eau et/ou dans l’air, donnant la réaction : Ca (OH)2 + CO2 → CaCO3 + H2O
Elle contient entre 5 et 30 % d’argile. Dans le commerce on la trouve sous la dénomination NHL pour Natural Hydraulic Lime. Elle présente une plus grande résistance mécanique que la chaux aérienne. Elle permet de réaliser des ouvrages plus durs et solides comme des dalles ou des bétons de chaux. Quand on réalise un mélange à maçonner, la chaux est mélangée avec du sable et de l’eau. Dès lors, la carbonatation débute. De ce fait, la chaux hydraulique doit être mise en œuvre assez rapidement, à moins d’y ajouter des retardateurs de prise. Ceux-ci doivent être utilisés avec prudence puisqu’ils peuvent altérer les propriétés naturelles de la chaux et diminuer la perspirance, c’est-à-dire la capacité de la transmission de la vapeur d’eau.
Dans les chaux hydrauliques on distingue encore différentes sortes de chaux avec des indices NHL 2, NHL 3.5, NHL 5 … comment s’y retrouver ?
Les indices donnent une indication de la dureté de la chaux, une fois mise en œuvre. Plus l’indice est élevé, plus le mélange sera résistant. Afin de s’harmoniser avec la nature de la matière à maçonner, on choisira donc une chaux NHL 5 pour maçonner des silex et de la chaux NHL 2 pour maçonner des pierres calcaires tendres. Si vous utilisez une chaux NHL 5 pour maçonner des pierres tendres, celles-ci risquent de se fissurer à cause de la force exercée par la chaux sur les pierres.
Pour une bonne utilisation de la chaux en maçonnerie, il convient de mouiller le support à refus, tremper les briques ou pierres dans de l’eau et humidifier l’ouvrage par temps sec, chaud ou venteux, pour ralentir la prise et assurer une carbonatation suffisante.

La compatibilité avec le bâti ancien

Comme notre peau, l’enduit de chaux sur les façades constitue une enveloppe protectrice face au froid, au vent et à la pluie. Il doit favoriser la migration vers l’extérieur de l’humidité présente dans le mur et contribuer aux échanges gazeux de l’intérieur vers l’extérieur de la maison. En outre, par ses propriétés à réfléchir la lumière, la chaux donne aux façades leurs qualités d’aspect et de couleur et participe étroitement à la beauté des bâtiments.

Les matériaux de construction anciens ont tous cette propriété de perspirance, de laisser passer la vapeur d’eau de l’intérieur vers l’extérieur du bâtiment. L’utilisation de la chaux pour la maçonnerie et pour la réfection des joints lors de la rénovation, permet de garder cette perspirance et donc de préserver le bâti ancien. Même lorsqu’une isolation thermique par l’extérieur sur les murs anciens est prévue, il est important de rejointoyer et de refaire un enduit pour égaliser les murs et d’assurer un contact optimal entre l’isolant et la paroi existante, toujours pour favoriser la migration de la vapeur d’eau.
Dans nos contrées il y a beaucoup de maisons à colombages dont l’ossature et le remplissage en torchis ont été couverts dans les années 70 avec un enduit de ciment. Après piquetage de ces enduits on constate souvent malheureusement que l’ossature en bois centenaire n’a pas résisté à ce traitement et d’importants travaux de réparation doivent être entrepris pour préserver et restaurer la structure du bâti. Les enduits à la chaux naturelle n’ont pas cet inconvénient et ils ont une place importante à reprendre pour conserver et embellir encore notre patrimoine.
Pour la qualité et la durabilité des enduits, il est important de choisir un sable de bonne qualité, de préférence un sable de rivière (ce sable doit contenir des granulométries diverses, dont des fines), et de réaliser une couche d’accroche ou gobetis avec un sable grossier, de faire un corps d’enduit avec un sable d’une granulométrie plus fine et une couche de finition avec un sable très fin. C’est le sable qui va donner sa couleur à l’enduit.

Qu’en disent les textes ?

Les enduits à la chaux naturelle, leur composition et les techniques de mise en oeuvre sont régies par un document technique unifié qui en réglemente l’usage : D.T.U. n°26. 1.
Les chaux de construction sont définies par la norme NFP 15-311. Dans le commerce, on peut vous proposer de la chaux blanche qui pourrait être de la chaux naturelle mélangée à du ciment, ou de la chaux grise qui pourrait être de la chaux artificielle ou du ciment. Le sigle HL correspond à de la chaux artificielle ou ciment amaigri, le Z de NHL-Z indique la présence de ciment.

 

Pour aller plus loin:

Retour sur l’atelier d’enduit à la chaux organisé en 2017

Participez au prochain atelier de rejointoiement à la chaux que nous organisons en octobre 2018

Crédit photo: ALEC 27 et Adobe Stock
11 juillet 2018
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