Concertation : quid de la méthodologie pour un succès garanti

La concertation est un enjeu majeur de la démocratie. Pour construire les projets de société nous permettant de vivre ensemble, il est nécessaire que les citoyens soient associés aux décisions. La concertation ne veut pas pour autant dire délégation du pouvoir de décision. Néanmoins, la concertation peut être perçue par les pouvoirs publics comme une ingérence ou une remise en question de projets que les élus veulent impérativement réaliser.

Le partage d’expériences de concertation par 4 communes

L’ALEC de Saint-Quentin des Yvelines a organisé un atelier sur les forums d’échanges organisés entre élus et citoyens lors des Assises de la transition énergétique 2017. De nombreuses collectivités présentes ont apporté leurs témoignages et partagé sur leurs astuces pour assurer la réussite d’une concertation citoyenne. Leur témoignage permet de ressortir 10 points-clés pour une concertation réussie :

  1. Mettre en place de la convivialité. Ne pas oublier que l’intérêt des citoyens à participer est aussi de retrouver des personnes avec qui ils aiment passer du temps. Prévoir de la nourriture ou des boissons peut être à considérer. Il est possible de mettre en place des jeux coopératifs pour créer un esprit de cohésion et une atmosphère détendue. Autant que possible, il est conseillé de casser le format de la réunion autour d’une table.
  1. Les projets doivent être concrets, proches du quotidien et du lieu de vie des habitants. Il ne sert à rien de créer une consultation sur de grands enjeux métaphysiques. Les consultations doivent porter sur des sujets directement liés à la vie des habitants, comme la mise en place de zones 30 à la circulation, par exemple.
  1. L’objectif de la réunion et le positionnement de la commune doivent être clairs. Ainsi, une commune, pour la mise en place de son Plan Climat, a créé une association permettant aux citoyens de piloter les actions opérationnelles et de séparer ainsi l’espace politique de l’espace de réalisation des actions. En contrepartie, la ville s’est engagée à écouter les remarques et appliquer les demandes de l’association si elles rencontraient des objectifs d’intérêt général. L’écoute et la prise en compte des remarques sont essentielles.
  1. Il peut être intéressant d’inviter des personnes remarquées pour leurs engagements ou positionnements dans la commune. Néanmoins, un des principaux problèmes est la disponibilité et les contraintes de chaque agenda professionnel pour les personnes invitées à participer aux consultations. Il faut également indiquer aux personnes qu’elles délaissent leur étiquette à l’entrée de la consultation car elles sont à égalité avec toutes les personnes présentes.
  1. Les consultations via les plateformes Internet sont à encadrer par des rencontres physiques. La plateforme Internet doit également être régulièrement modérée et alimentée. Le numérique a l’avantage de ne pas contraindre les personnes à un lieu et un horaire. Il ne semblerait pas judicieux de laisser la consultation Internet ouverte plus de 2 mois.
  1. Il pourrait être intéressant de transmettre un bref descriptif du projet ou quelques informations lors de l’invitation à participer à la consultation car les habitants souhaiteront participer et se positionner s’ils ont suffisamment de connaissances et d’arguments pour se sentir utiles et pertinents.
  1. Il faut définir (si possible collectivement) les règles du jeu quant à la qualité d’écoute et de prise de parole. La concertation n’est pas le bureau des plaintes ni la possibilité pour les personnes les plus expansives d’avoir un auditoire silencieux et captif. Les citoyens doivent se défaire de leur rôle social et comprendre que chacun dans la salle a la même importance, le même droit à l’expression et à l’écoute.
  1. Lors de la concertation, apporter des outils concrets pour initier le débat et permettre à chacun de prendre la parole et se positionner semble être très intéressant. Ainsi, une commune a témoigné avoir apporté une carte de la commune avec des jetons représentant les projets énergie de la commune, chacun devant placer les jetons et argumenter son choix en écoutant les réactions et remarques de tous les riverains.

    9. Il vaut mieux commencer la concertation sur des actions simples et visibles.

  1. Les ateliers de concertation sont les moments privilégiés pour permettre la compréhension des mécanismes et contraintes dans la prise de décision mais aussi pour apporter de l’information.

 

Au-delà de l’appropriation et de la créativité que la concertation génère, c’est l’expérience du territoire vécu qui est remontée aux élus qui mesurent ainsi l’impact de leurs décisions. Une municipalité qui avait évacué la question de l’offre de santé suite à la création d’une maison de santé a ainsi été alertée par les habitants sur le fait que la maison de santé avait rassemblé les médecins déjà présents sur le territoire sans en attirer d’autres et que le problème restait donc toujours présent.

Il faut noter que la concertation demande un travail d’évaluation et de suivi des actions pour informer du projet.

Une application concrète en milieu scolaire : la concertation mise en place dans le défi Watt collège

Le défi Watt permet aux élèves de diagnostiquer l’usage de l’énergie dans leur collège à travers 5 thématiques : l’électricité, le chauffage, les transports et la qualité de l’air intérieur, la gestion des déchets et l’eau. La classe pilote réalise des affiches à partir du diagnostic comprenant des mesures, observations et calculs. L’objectif de cet affichage est d’informer et de créer une culture commune autour de la question de l’énergie avant la mise en place des actions.

A partir du diagnostic, les élèves travaillent à un plan d’actions. Les groupes se concentrent sur  une thématique puis exposent les solutions trouvées à toute la classe. Ces solutions sont alors débattues en présence du principal ou du principal adjoint, du gestionnaire, du chef cuisinier s’il est disponible et d’au moins un agent.

Cette première co-construction permet aux élèves d’avancer des idées qui sont confrontées aux réalités administratives (respect des normes et règles de sécurité) et budgétaires des collèges. Ces séances permettent l’échange de points de vue et la créativité.

Ce plan d’actions est ensuite repris et confronté à l’ensemble des professeurs et des agents, car tous les personnels ne peuvent être disponibles et participer aux échanges avec les élèves. Cette phase de consultation permet à chacun d’exprimer son point de vue et ses contraintes (problème de temps, défaut de matériel, etc.). Les actions sont ensuite diffusées et réalisées, sachant qu’il faut une coordination et un suivi pour connaître l’avancement des actions.

Crédit photo: Fotolia
2 mars 2017
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