Darwin, un éco-lieu unique au monde !

 

L’aventure de Darwin à Bordeaux a commencé en 2007, lancée par deux jeunes entrepreneurs privés qui ont voulu mettre fin à la concurrence exacerbée qui s’exerce dans le milieu des affaires et monter une entreprise basée sur 3 valeurs:

  • coopération: le partage, la solidarité notamment entre acteurs économiques,
  • transition énergétique,
  • alternative: lancer les idées, les expérimenter, donner les moyens aux acteurs engagés de les tester et leur laisser de l’autonomie.

La friche de l’ancienne caserne Niel sur la rive droite de la Garonne se prêtait admirablement à un tel projet. Un premier bâtiment a été acquis et a donné lieu à un chantier participatif impliquant ouvriers et entreprises et ayant permis la rénovation de 10 000 m2. A l’intérieur, du mobilier fait sur place , recyclé ou récupéré. Ce lieu hybride offre aujourd’hui un espace de co-working de 6 500 m2 abritant 230 entreprises impliquées dans l’économie verte soit 550 personnes. 49% d’entre eux viennent au travail à vélo.

Depuis, une foule de projets ont germé dans cet espace dont il est difficile de faire une liste exhaustive: une conciergerie solidaire, le premier et plus grand restaurant bio de France accessible aussi au grand public (tout est fait maison, 75% des produits sont locaux, les déchets sont recyclés à 80% notamment dans le composteur de bio-déchets), une épicerie bio, un hangar à bateaux, une brasserie de bière bio, une guinguette,… Sont en projet une auberge de jeunesse de 180 lits, l’agrandissement de l’espace de co-working, un fab lab, de l’habitat mutualisé (colocation), une crèche, …

 

Quelle structure et avec quels moyens?

L’équipe est composée de 15 personnes, 7 opérationnels et 7 qui s’occupent de la gestion et de l’administratif. La structure mère est sous forme de SAS; elle gère une douzaine de filiales: bâtiments, brasserie, épicerie, foncier (gestion du locatif), gestion des évènements, … Elle s’accompagne d’une Fondation, outil qui permet de redistribuer et de soutenir des projets : 40 entreprises ou associations sont concernées, représentant 5 000 adhérents.  Plus les 230 entreprises qui travaillent sur le site: c’est cette dimension qui en fait un lieu unique au monde. La gouvernance est partagée; il y a des projets communs, des évènements organisés ensemble comme, par exemple, le Festival Ocean Climax relancé en 2016,  qui a réuni 30 000 personnes, la Fête du Vélo, en juillet,  à laquelle 7 000 personnes ont participé, …

Toutes ces actions sont privées. Darwin assume tous les risques entrepreneuriaux et vise l’autonomie économique grâce à des investisseurs qui croient au projet et en attendant un retour raisonnable et des prêts de banques sur des fonds fléchés vers l’Economie Sociale et Solidaire.  Les subventions totales perçues représentent moins de 4% de l’ensemble du projet. Ses actions d’intérêt général ont été développées en grande partie en autonomie avec un complément de soutiens publics.

Par le biais de la Fondation , ils financent des projets et des associations : accueillent dans un hangar un gros skate Park construit avec des matériaux recyclés et des activités diverses telles que Roller derby, bike polo, nautisme doux, yoga, expos, street art,…

 

Un peu plus loin, un entrepôt héberge une antenne d’Emmaüs. A côté un espace dédié à l’agriculture urbaine, un apiculteur qui fait de la production d’essaims, un potager, un démonstrateur d’aquaphonie (pour élever des poissons et cultiver des plantes sans pesticides ni rejets)… et puis des « tétrodules », sortes de conteneurs en plastique jaunes qui ont été récupérés et qui servent d’hébergement d’urgence pour des réfugiés.

 

Les actions pour la maîtrise de l’énergie

En phase avec ses valeurs, Darwin a lancé un appel à la dé-carbonisation de l’économie.

Ils adhèrent au scénario Négawatt qu’ils ont appliqué à tous les bâtiments où ils ont eu la main. Sont guidés par  la « Low Tech », le bioclimatisme et n’ont, bien sûr, pas installé de climatisation. Ils comptent utiliser la géothermie quand le réseau de chaleur sera opérationnel; en attendant, ils utilisent une chaudière à gaz. 480 m2 de toitures photovoltaïques ont été installées dont la production est autoconsommée dans le restaurant (représente 20% de ses besoins totaux).

Enfin, afin de permettre à chaque occupant du lieu de mesurer son impact écologique, Darwin qui s’est fixé pour objectif le zéro déchets,  a développé un outil, MIUSEEC, qui permet de suivre les consommations et le bilan carbone dans différents domaines: énergie, eau, mobilité, alimentation, déchets, … Un bilan est disponible pour chaque entreprise. Dans le tertiaire, 1580 kilos de déchets sont produits dont 58% recyclés. Les personnes présentes sur ce lieu émettent 5 fois moins de GES (Gaz à Effet de Serre) qu’un travailleur français moyen dans un bâtiment équivalent.

Zoom sur la brasserie bio

Cette brasserie devait être à l’image du reste: bio, économe et suivre une logique de récupération des déchets. Les produits de base utilisés ne sont pas industriels et ils sont bio. La production de bière implique de chauffer à 100° pendant 8 heures; pour éviter d’avoir une chaudière classique, le brasseur stocke l’eau chaude dans une cuve , ce qui évite la montée en température d’une chaudière classique (stockage de 5 000 litres d’eau – température oscille entre 107 et 120° – perte d’un degré par jour). Les drèches (1 tonne par semaine !) sont récupérées par un agriculteur pour nourrir ses animaux contre de la viande ; elles sont également utilisées comme compost dans des champignonnières. A terme, ils ont en projet de récupérer la chaleur générée par des équipements photovoltaïques pour sécher les drèches.

Quelles impressions au sortir de cette visite? L’enthousiasme pour la réussite de cet éco-système et la découverte de ce lieu étonnant, ouvert, fourmillant et vertueux. L’espérance que les intérêts économiques en jeu qui font que ce quartier est très convoité pour son foncier ne limitent pas Darwin dans son développement.

Pour aller plus loin :

Le site de Darwin

Article de Zéro Waste sur MIUSEEC

Crédit photo: ALEC 27
6 février 2017
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