EnR et biodiversité sont-ils compatibles ? Le solaire photovoltaïque

Il y a quelques temps, nous évoquions ensemble les efforts menés par les développeurs pour réduire autant que possible l’impact des projets éoliens sur la biodiversité : http://www.alec27.fr/energies-renouvelables-biodiversite-compatibles/

Aujourd’hui, allons à la rencontre de projets conçus et mis en œuvre pour permettre la cohabitation entre biodiversité et solaire photovoltaïque… au sol !

Comment ça, « projet solaire PV au sol »? Un classique pour les énergéticiens. Une honte pour les puristes ! Et pour cause, au XXIème siècle, alors que l’étalement urbain se poursuit au détriment des terres agricoles et des espaces naturels, la bataille du foncier n’a jamais été aussi palpable. Face à cette urbanisation galopante, la déplétion des énergies fossiles et le changement climatique nous incitent à préserver les cultures vivrières et préserver les terres agricoles, même en zones périurbaines. Le développement de projets solaires photovoltaïques au sol, sur ces espaces déjà menacés, semble de prime abord tout à faire déraisonnable. Pour autant, deux cas de figures peuvent – dans certains cas – justifier la création de centrales solaires au sol :

Le site possède un potentiel agricole ou un patrimoine naturel nul ou très faible :

C’est notamment le cas des friches militaires, urbaines ou industrielles, totalement ou partiellement recouvertes de matériaux (béton, bitume, métaux, déchets) et présentant pour la plupart d’entre elles des sols pollués dont la réhabilitation est possible, mais longue et onéreuse. Il est donc alors tout à fait envisageable d’installer un parc solaire au sol et de capter et valoriser l’énergie solaire reçue par cet espace délaissé.

La centrale solaire de Veules-les-Roses, située au-dessus des falaises de la cote d’Albâtre (76) est un modèle du genre. Créée sur une ancienne friche militaire ayant servi de base radar pendant la seconde Guerre Mondiale, ses 21 400 panneaux produisent en moyenne 5 GWh/an, depuis octobre 2011, soit l’équivalent de la consommation électrique de 2500 foyers et 2000 t eq CO2 évitées / an.

C’est également le cas en Lorraine, où la centrale solaire de Rosières-en-Haye a été créée sur une ancienne base militaire : http://www.consommerdurable.com/2012/09/energie-centrale-solaire-biodiversite-toul-rozieres-edf-photovoltaique/

Le site possède un véritable potentiel agricole ou un patrimoine naturel riche :

Les parcs photovoltaïques ne peuvent pas être construits sur des espaces naturels classés, protégés au titre de la réglementation sur l’environnement. Mais sur les terrains non classés de plusieurs dizaines d’hectares, l’impact d’une installation solaire PV sur les écosystèmes peut parfois être considéré comme « acceptable » par les études d’impact environnemental. Le maitre d’ouvrage, le propriétaire du site et les différentes entreprises impliquées doivent alors veiller à proposer un projet faisant appel à des technologies et des modes de mises en œuvre réduisant au maximum les impacts prévus et prévoyant le démantèlement intégral du site :

  • Réalisation de tranchées peu profondes et peu larges, ne modifiant que partiellement (et réversiblement) la structure des sols
  • Installation de bâtiments techniques légers, sans fondation et de surface réduite
  • Couverture du sol sommaire et partielle (30% pour les système fixes, moins de 5% pour les systèmes mobiles) afin de favoriser l’infiltration et l’écoulement naturel des eaux
  • Mise en place de dispositifs de passage des clôtures adaptés à la taille et aux mœurs des espèces concernées et, dans certains cas, de corridors écologiques.

L’impact sur la flore et la petite faune terrestre n’est pas nécessairement négatif : la création de zones ombragées sous les rangées de modules peut avoir un effet bénéfique pour certaines espèces et en gêner d’autres, et la biodiversité peut s’en trouver favorisée, notamment dans les régions arides, en contribuant à la rétention d’eau dans les parties superficielles du sol lorsque ce dernier est à l’ombre.

La gêne occasionnée à la faune aérienne (oiseaux et insectes), essentiellement visuelle, est très limitée, et aucune observation ni étude n’a démontré l’existence de problèmes sensibles. L’idée parfois évoquée que la surface des modules pourrait être confondue avec une étendue d’eau par les oiseaux aquatiques est clairement infondée. Pour preuve, l’article 86 de la Loi Biodiversité parue au Journal Officiel le 8 août 2016 impose à partir du 1er mars 2017, la production d’énergie renouvelable et/ou la présence de systèmes de végétalisation en toiture des centres commerciaux (http://www.gmpv.ffbatiment.fr/photovoltaique/vous-informer/actualite/loi-biodiversite-photovoltaique-en-toitures-de-centres-commerciaux.html).

Il est également possible d’aller encore plus loin, en profitant de la création d’un parc solaire PV au sol pour améliorer la gestion de la biodiversité ou encore pour développer l’agropastoralisme. C’est le cas du projet de Belvesol, située à Belvézet (Gard) où une charte de biodiversité incluant la gestion de milieux ouverts et la restauration de l’agro-pastoralisme a été élaborée. Une convention de pâturage sur 75 ha a également été signée avec un éleveur local afin d’entretenir le site et ses abords en respectant les sols et la biodiversité. Les études naturalistes  menées avant la construction du parc seront poursuivies pendant toute la durée d’exploitation. Malgré cette grande attention portée à la préservation de la biodiversité, les trois centrales photovoltaïques d’une puissance cumulée de 20 MWc produisent près de 29 GWh d’électricité par an, soit la consommation annuelle d’environ 20 000 habitants. Encourageant n’est ce pas ?

Pour en savoir plus sur ce projet : http://tecsol.blogs.com/mon_weblog/2014/10/parc-solaire-de-belvesol-des-%C3%A9lectrons-plus-verts-que-verts.html

Crédit photo : Marie ATINAULT

 

 

15 février 2017
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