Quand les tomates poussent à l’énergie fatale

Depuis 2000, le Centre de Valorisation d’ECONOTRE à Bessières, en Haute-Garonne, exploité par SUEZ, valorise les déchets ménagers du syndicat mixte DECOSET. Situé à une trentaine de kilomètres au nord de Toulouse, il collecte les déchets de 153 communes pour un total de 969 930 habitants, dont la métropole de Toulouse. Le Centre de tri des emballages ménagers d’une capacité de 30 kT par an est combiné à un incinérateur (unité de valorisation énergétique) d’ordures ménagères résiduelles (170 000 tonnes/an) et de déchets d’activité économique (170 000T par an). Par cogénération haute Performance, l’installation produit de la chaleur et 99 100 MWh/an d’électricité dont :

  • une partie est auto-consommée sur site (2 MW)
  • l’autre partie est injectée sur le réseau (13 MW), alimentant l’équivalent de 55 000 foyers.

Afin d’aller plus loin dans cette démarche, entre 2015 et 2008, l’exploitant du site a mené une réflexion pour récupérer et valoriser la chaleur fatale dite « basse température » jusqu’à présent non valorisée. Quelle solution technique retenir ? Vers quelle filière se tourner ?  Après avoir exploré plusieurs pistes, les différentes parties prenantes ont décidé de créer une exploitation maraîchère de 10 ha sous serres destinée à alimenter le bassin toulousain en tomates locales. C’est ainsi qu’en 2011, la naissance de la société FIBAQ – Les Serres de Bessières a permis la création de près d’une centaines d’emplois pérennes dans cette zone rurale. Un espoir dans ce secteur qui compte 11% de chômeurs. Enfin, il est important de souligner que la démarche conjointe de l’entreprise et des élus locaux a permis de reclasser cette zone en zone agricole dans le PLU alors qu’elle était destinée à la construction de ZAC. Un fait majeur dans cette zone qui devrait devenir la nouvelle zone maraichère de la banlieue Toulousaine (l’ancienne zone maraichère étant désormais urbanisée).

Un parcours administratif de 3 ans

Le groupe SUEZ décida de mettre en œuvre à Bessières une technologie innovante créée par sa filiale SITA, nommée Cogénération Haute Performance®. La CHP+® consiste à optimiser les performances énergétiques des unités de cogénération afin de récupérer et d’exporter le maximum de chaleur fatale. Après les indispensables phases d’études économiques et de recherche de partenariats, il a fallu encore 3 ans pour mener à bien les différentes études (d’impact et archéologique), obtenir le permis de construire, faire le montage financier , réaliser les travaux de construction de la serre et de récupération de chaleur. Trois hectares vingt de serres ont été mis en service en 2015  donnant lieu à  la première récolte de 1 800 tonnes de tomates grappes, produites sans traitements insecticides ou fongicides en 2016. Récoltée le jour A, la tomate produite à Bessières est sur le marché au plus tard le jour B. Belle et de bonne qualité, elle est commercialisée de 10 à 15% au-dessus du prix médian.

Fonctionnement

Les travaux de raccordement entre l’unité de valorisation énergétique et les serres ont coûté 2,3 millions d’Euros, dont 825 000 euros financés par l’ADEME.

La tomate est une plante particulière, exigeant des variations de température importantes sur une journée : l’air à 14°C la nuit doit rapidement monter à 18°C le matin avant de s’élever à 22°C jusqu’au soir. Il fallait donc concevoir une installation avec un débit d’eau puissant et une importante ventilation de l’air chaud. A l’entrée de la serre, l’eau présente dans les canalisations arrive à 42°C. A la sortie, elle n’est plus qu’à 35-36°C. Un système de gestion de la température permet de concentrer la chaleur au plus près de la plante, tandis qu’un système de gestion de l’hygrométrie permet d’éviter la condensation et la formation de maladies cryptogamiques. Par précaution, deux chaudières de secours de 5 000 KW ont été installées pour satisfaire les besoins en chaleur en cas de panne du système.

Après plusieurs mois  de mise au point, l’exploitant se montre très satisfait de la réactivité du système. Toute température programmée est obtenue dans l’heure : un luxe !

Autre facteur, le CO2. Pour permettre la croissance des plantes, le milieu doit permettre la photosynthèse et donc contenir eau, chaleur, lumière mais aussi CO2. D’importantes quantités de CO2 liquide, de qualité alimentaire, sont donc injectées dans le système (900 tonnes cette année). La mise en place d’un procédé d’extraction de CO2  pourrait être une piste de développement.

En moyenne, la production de tomates nécessite 260 KWth de chaleur/m2. Si la chaleur était produite avec une chaudière au propane, le coût serait de 10 à 11 €/m2/an. Grâce à la récupération de chaleur fatale par CHP+, le coût tombe à 6€ /m2/an.

Des résultats probants, y compris pour le climat

  • Acteurs du projets : Gilles BRIFFAUT, exploitant agricole et principal investisseur ; Jean-Luc Raysséguier, Maire de Bessières ; L’entreprise SUEZ, exploitante de l’UVE
  • Cout global du projet : 18 millions d’euros
  • Coût des travaux de raccordement entre l’unité de valorisation énergétique et les serres : 2,3 millions d’euros
  • Économie d’énergie : 2 200 tep / an
  • Réduction des émissions de CO2 : 6 000 tonnes/an

Un projet exemplaire et innovant, vecteur de développement local, qui ne demande qu’à être dupliqué.

Pour aller plus loin :

Crédit photo: Suez RV SO
1 février 2017
par