Le lin dans le bâtiment

Qui n’a jamais vu un champ de lin en juin avec ses jolies fleurs bleues et éphémères? Surtout en Normandie, il est difficile, le matin en sillonnant la campagne, de passer à coté sans les voir !

En repassant l’après-midi, vous vous demandez où vous avez vu ce champ ? Toutes les fleurs sont alors tombées et il faudra attendre le lendemain matin pour voir cette beauté s’épanouir à nouveau. En effet, chaque fleur de lin ne dure que quelques heures et la floraison se renouvelle chaque jour pendant 10 à 15 jours environ.

Cinq semaines après la floraison, le lin est arraché du champ, et doit passer par une période de rouissage à terre, plus ou moins longue selon les conditions météorologiques. Première phase naturelle de transformation de la plante en fibre, c’est l’alternance de pluie et de soleil qui permet au lin de rouir. Le rouissage est la dissociation des parties fibreuses de la plante en éliminant la pectose qui soude les fibres à la partie ligneuse sous l’action enzymatique des micro-organismes et des bactéries du sol. L’objectif de cette dégradation est de permettre l’extraction des fibres. En fin de rouissage, le lin est ramassé, roulé en ballots et ensuite aura lieu le teillage: c’est une transformation mécanique pour séparer la fibre de la paille.

La paille de lin, ou anas, a de multiples usages, aussi bien en paillage au jardin que dans la construction.

Les anas de lin peuvent être utilisés en les déversant en vrac pour réaliser une isolation phonique et thermique entre solives. Ce procédé n’a pas encore d’avis technique et s’adresse uniquement aux auto-rénovateurs et auto-constructeurs. Le lambda donné est de 0,06 W/m²K, mais cette valeur peut varier selon la densité de mise en œuvre.

Traditionnellement, les anas de lin étaient mélangés avec de la terre quand la paille manquait, pour faire du remplissage entre colombages dans nos belles chaumières et également dans les enduits intérieurs, en les mélangeant avec de la terre, de la chaux, du sable, du crin de cheval ou autres fibres animales, afin de créer des enduits résistants et durables.

Les anas de lin peuvent également être utilisés en les mélangeant avec un mortier de chaux naturelle, pour faire du béton de lin, isolant thermique et phonique, comme on le fait aussi avec du chanvre. Ce procédé sert entre autres, à doubler des murs, généralement par l’intérieur, soit en béton banché, soit en enduit isolant. Il a surtout un intérêt pour créer ou conserver de l’inertie aux murs, et joue un rôle dans la régulation de la vapeur d’eau dans l’habitat. Sous une forme plus légère, ce mortier peut être utilisé pour isoler la toiture en créant auparavant des caissons étanches à l’air et ouverts à la diffusion de la vapeur d’eau. Ce procédé non plus n’a pas encore d’avis technique.

La fibre longue de lin est utilisée depuis la nuit des temps pour la fabrication des textiles; d’ailleurs, son nom latin, Linum usitatissimum, le montre bien.

Dans la plomberie, on utilise ces mêmes fibres en tant que « filasse » pour étanchéifier les raccords de plomberie.

Depuis une trentaine d’années, elles sont également utilisées pour faire de la  « laine » de lin, matière première mélangée avec des fibres thermofusibles (15 à 20%) pour fabriquer des isolants thermiques. Souvent ces isolants sont additionnés de sel de bore, pour améliorer la résistance au feu, aux insectes et moisissures. Les fabricants d’isolants en lin ont, pour la plupart, obtenu des certificats d’organismes du bâtiment (Acermi, CSTB, ATE, … ), attestant de leur performances, ce qui permet aux entreprises et artisans d’utiliser ces produits et les rendent éligibles aux aides financières et crédits d’impôt, tout comme les autres isolants certifiés. La France dénombre quelques fabricants, proposant des produits variés.

La laine de lin se présente sous forme de panneaux ou de rouleaux et le poids peut varier de 23 à 35 Kg au m3. Le lambda de ces panneaux se situe autour de 0.038 W/m²K, ce qui n’a rien à envier aux autres isolants bio-sourcés. Le grand avantage de la laine de lin est son extraordinaire capacité à absorber de la vapeur d’eau et à la restituer et de retrouver ensuite ses caractéristiques isolantes intactes. Un autre grand avantage est qu’il n’y ait pas de dégagement de fumées toxiques en cas d’incendie et lors de la pose, il n’y a pas de réaction cutanée. Son petit inconvénient est la solidité des fibres, ce qui rend les panneaux assez difficiles à couper.

Les panneaux de laine de lin peuvent être utilisés pour l’isolation thermique des murs, des planchers intermédiaires et des toitures, plutôt pour une isolation par l’intérieur ou, en utilisant un pare-pluie de grande qualité et posé selon les règles de l’art, pour une isolation extérieure (ITE). Il faut également adapter la densité des panneaux en fonction de la pose, verticale ou horizontale, afin d’éviter un tassement dans le temps.

L’huile de lin, extraites des graines, est un produit classique pour la préservation des bois et des terres cuites à l’intérieur comme à l’extérieur. On la mélange avec un tiers d’essence de thérébentine avant de l’appliquer sur le bois brut. Bien entendu, les grands maîtres ont, depuis toujours, utilisé l’huile de lin pour la fabrication des peintures pour leurs toiles et aujourd’hui encore, les fabricants de peintures naturelles utilisent de l’huile de lin pour embellir et protéger les bois.

Toutes ces utilisations dans le bâtiment font que le lin a encore de belles années devant lui !

Crédit photo: Fotolia (ksu_ok et Anatol)
8 juin 2017
4 Commentaires/par
4 réponses
    • Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie
      Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie dit :

      Bonjour Bernard,
      Merci pour ce commentaire et heureuse d’apporter des connaissances utiles.

  1. viel jacques-charles
    viel jacques-charles dit :

    Peut-on utiliser le béton de lin comme le béton de chanvre pour isoler entre les colombages?
    Epaisseur 30 / 35 cm.
    Dosage ; 2 sacs de chaux NHL2 de 25 kgs pour 200 litres d’anas de lin?
    Voire faire moitié chanvre moitié lin.
    Le lin devrait augmenter la solidité.
    Ou avec chaux NHL 5?
    Conduction thermique devrait donner quelque chose d’équivalent au béton de chanvre.

    • Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie
      Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie dit :

      Bonjour,
      Oui, vous pouvez utiliser l’anas de lin à la place du chanvre. Le chanvre a l’avantage d’être normé par des « règles professionnelles d’exécution ». Les mélanges chaux/chanvre ont été testés en laboratoire et leur utilisation par un professionnel du bâtiment est couverte par une garantie décennale. L’utilisation de l’anas de lin n’a pas fait l’objet d’une telle étude. Le mélange de chanvre et lin avec de la chaux est possible également mais je ne pense pas que cela entraine un changement dans l’efficacité thermique.
      Les chaux utilisées sont souvent préformulées, des mélanges de chaux aériennes et hydrauliques. Elles peuvent être blanches ou grises.
      Utilisez plutôt une chaux NHL-3.5, plus compatibles avec des matières « tendres », comme le bois, le chanvre et le lin. Réservez la chaux NHL-5 pour des travaux avec des matières dures, comme le silex. Reportez-vous à la notice d’utilisation du fabricant.

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