S’isoler avec du chanvre pour éviter que vos économies ne partent en fumée…

Une série d’articles sur les matériaux bio-sourcés ne serait pas complète si je négligeai le chanvre.

Le chanvre, de son nom latin Canabis sativa L. de la famille des Cannabaceae est une plante annuelle, originaire de l’Asie du Sud et de l’Asie centrale. Les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur les différentes dénominations, s’agit-il d’un genre Canabis avec une seule espèce sativa, présentant des sous-espèces ou variétés, ou bien d’espèces distinctes, regroupées dans le même genre ? Cet article n’a pas vocation à apporter une réponse, laissons cela aux chercheurs !

Le chanvre est cultivé depuis au moins 8 000 ans pour de nombreux usages. On distingue le chanvre textile, le chanvre industriel et le chanvre médicinal. Au fil des siècles, une sélection des graines a permis de développer des variétés aux propriétés multiples et différentes.

En France, le but premier du chanvre agricole n’est évidemment pas de produire une drogue, ni même un médicament. Soit dit en passant, à l’origine le terme « drogue » s’appliquait à toute substance servant à la préparation de médicaments. Et ce n’est qu’une des propriétés de cette plante, comme on peut lire dans le « Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes » du Docteur Cazin. En 1868 déjà, il nous rappelle l’importance du chanvre pour les corderies et voileries, ainsi que pour les industries de filature et de tissage. Le chanvre était également cultivé pour ses graines qui donnaient une huile utilisée pour la fabrication de la peinture, pour l’éclairage et pour la fabrication d’onguents, ainsi que pour un usage alimentaire pour les volailles et l’humain. L’huile de chanvre contient notamment des acides gras et des acides aminés, connus pour protéger nos vaisseaux sanguins et gardent en bonne santé nos yeux, cheveux et notre peau.

La culture du chanvre

Avec 175.000 hectares, la culture du chanvre était très répandue en France jusqu’en 1900, surtout dans la moitié nord. En 1991 on ne cultivait plus que 3800 hectares de chanvre, aujourd’hui environ 10.000 en France, dont 1.100 en Normandie.

La culture est strictement réglementée et les semences doivent contenir moins de 0.2% de THC (tétrahydrocannabinol) et on cultive seulement 8 variétés monoïques dans les chènevières.

Le chanvre donne un très bon rendement à l’hectare, en moyenne 8 tonnes de paille et 800 Kg de chènevis (graines) et la plante se développe sans engrais ni pesticides. En plus, par sa hauteur qui peut atteindre les deux mètres, le chanvre étouffe toutes les autres herbes folles, laissant après sa récolte une terre propre dans tous les sens du terme pour la culture suivante.

Contrairement au lin qui est arraché, le chanvre est fauché après la récolte du chènevis, fin août. Ensuite il subit un rouissage dans les champs, plus ou moins long selon les conditions climatiques, et il finit dans les chanvrières, ou les fibres sont séparées de la paille (chènevotte), par une action mécanique, le teillage. Il y a plusieurs chanvrières en France, entre autres dans l’Aube et en Côtes-d’Armor. Il existe également une machine qui sépare les deux lors du ramassage dans les champs, la Mobile Hemp.

Revenons un peu à notre maison maintenant

Il y a quelques décennies, un mouvement de prise de conscience écologique s’est développé et les isolants végétaux sont apparus, dont la laine de chanvre est probablement la plus emblématique, en remplacement des isolants minéraux.

Le chanvre nous donne deux produits distincts utilisables pour l’isolation, la fibre et la chènevotte.

La fibre

La fibre est transformée en panneaux ou rouleaux d’isolant, avec un lambda variant de 0.038 à 0.042 W/m.K selon les fabricants.
On ajoute généralement entre 10 à 25% de polyester pour lier les fibres ainsi que des produits ignifuges, comme le sel de bore ou autres sels.

Les panneaux de laine de chanvre peuvent être utilisés pour l’isolation des murs, plafonds et rampants, toujours pour une isolation par l’intérieur et dans un milieu sec car une exposition prolongée à l’humidité libère une odeur « sui generis » très désagréable.

C’est encore un isolant parfaitement compatible avec le bâti ancien mais son utilisation dans la construction neuve apporte également un bien-être incomparable à un isolant minéral ou organique. Le chanvre fait partie des fibres qui peuvent absorber de la vapeur d’eau et la restituer ensuite, en retrouvant ses propriétés d’origine, jouant un rôle de régulateur de la vapeur d’eau dans l’habitat.

Lors de son installation le chanvre dégage une odeur de paille caractéristique, assez prononcée mais pas désagréable, qui disparait au bout de quelques jours. Bien entendu, la pose d’une laine de chanvre va de pair avec la pose d’un frein vapeur pour assurer l’étanchéité à l’air de l’ensemble.

Les fibres peuvent également être utilisées en vrac, en soufflage à la manière de la ouate de cellulose; d’ailleurs, une filière vendéenne est en plein développement.

Chanvre

La paille

La paille de chanvre, appelée également chènevotte, est utilisée de différentes façons aussi.

On peut l’utiliser en vrac, pour l’isolation phonique et thermique des planchers mais ce procédé ne bénéficie par encore d’une certification et relève surtout de l’auto construction.

Une autre utilisation est le « béton de chanvre », ou chanvre banché, où la paille est mélangée avec de la chaux naturelle et éventuellement d’autres adjuvants, comme la brique pilée et la pouzzolane, pour augmenter sa résistance mécanique ou accélérer le séchage. Ce procédé bénéficie d’un agrément, notamment grâce à l’association « Construire en chanvre » qui a établi les règles professionnelles d’exécution. Le béton de chanvre peut être utilisé pour le remplissage entre colombages ou ossatures bois en général. Le béton de chaux est utilisé en toiture également, dans des coffrages, en diminuant la part de la chaux pour limiter le poids. Le béton de chanvre joue un rôle important en donnant de l’inertie à la construction. Ses propriétés d’isolant sont moindres si on le compare à un isolant proprement dit mais nettement supérieures à d’autres produits de « remplissage » comme la terre, la brique, les parpaings.

On peut aussi projeter le béton de chanvre sur un mur existant pour une isolation par l’extérieur ou par l’intérieur. Il est parfaitement compatible avec le bâti ancien permettant la migration de la vapeur d’eau et il peut également servir de « correcteur thermique ».

Le béton de chanvre n’est jamais un élément porteur de la construction.

Autres usages

Pour finir, juste une mention pour quelques autres usages du chanvre. La chènevotte trouve son utilisation comme litière pour les animaux, notamment pour les chevaux de course. Son pouvoir absorbant (10 fois plus que la paille) est tel qu’elle est utilisée également comme litière dans les toilettes sèches.

La fibre de chanvre est également un composant de nos billets de banque et autre papiers, feuilles de cigarette mais vous l’aurez compris, il faut mieux utiliser le chanvre pour tous ses autres usages que de le voir partir en fumée, sauf nécessité médicale.

 

Pour en savoir plus

les règles professionnelles d’exécution

http://www.agriculteur-normand.com/actualites/developpement-durable-construire-avec-le-chanvre-de-normandie:GGLF0ZDE.html

http://www.wikiagri.fr/articles/lagriculture-ne-fait-plus-chanvre-a-part/10498

Remerciements : Pierre Foulon – Chanvre Innovation

Références :

F.-J. Cazin – Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes – éd. Asselin 1868

 

Crédit photo: Fotolia
12 avril 2018
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