Tourbières et gaz à effet de serre

Qu’est-ce qu’une tourbière ? La tourbière est une zone humide qui se caractérise par un sol saturé en permanence d’une eau quasi stagnante où les micro-organismes (bactéries et champignons) ne trouvent pas l’oxygène nécessaire et suffisant pour recycler totalement la matière organique. Dans ces conditions, les débris végétaux se dégradent de manière incomplète et s’accumulent très progressivement, formant un sol organique mal ou non décomposé : la tourbe.

La plupart des tourbières se sont formées après le retrait de la dernière glaciation il y a environ 10 à 13 000 ans. Les dépôts de tourbe ont une épaisseur généralement comprise entre 50 cm et 5 mètres qui peut aller parfois jusqu’à 10 mètres.

Mais surtout, les tourbières contiennent 20 à 50 % de carbone. C’est pourquoi, bien qu’ elles ne représentent que 3 % de la surface de la terre, elles contiennent 30 % du carbone total des sols.

Selon les scientifiques, la libération de ce carbone pourrait entraîner la formation d’environ 455 gigatonnes de dioxyde de carbone, ce qui représente une énorme quantité de ce puissant gaz à effet de serre.

D’une manière générale, les zones humides jouent un rôle majeur dans l’adaptation au changement climatique par leur capacité de filtrage et de stockage de l’eau, de stockage de plus ou moins de carbone et par la richesse de leur biodiversité. Deux tiers d’entre elles ont malheureusement disparu en moins de cent ans.

Au niveau régional, nous avons la chance de disposer d’une remarquable zone humide située dans le dernier méandre de la Seine avant l’estuaire : le Marais Vernier.
Le Marais Vernier constitue l’une des plus grandes tourbières de France avec 2000 ha de terrain tourbeux et des épaisseurs de tourbe pouvant atteindre à certains endroits 10 m d’épaisseur.
Cette zone humide a toutefois été dégradée sous l’action des endiguements de la Seine mais plus encore par des travaux d’assèchement à vocation agricole après-guerre (plan Marshall) et de mise en culture de prairies situées à la périphérie de la tourbière.
Thierry Lecomte et Christine Le Neveu, deux scientifiques passionnés et précurseurs, ont heureusement montré dès la fin des années 70 les effets néfastes de ces actions sur la tourbière du Marais Vernier. Ils ont alors convaincu le Parc Naturel Régional de Brotonne* de les soutenir dans des missions d’étude et dans la mise en oeuvre d’un plan de sauvegarde du patrimoine. Cela a permis de sauver en grande partie ce patrimoine géré et surveillé aujourd’hui par plusieurs organismes.

 

Au niveau européen, les conditions climatiques et géographiques avaient été propices au développement des tourbières en particulier en Europe du Nord mais l’exploitation de la tourbe comme combustible, le drainage pour leur mise en culture ou en foresterie ou en pâturage inadapté, sont responsables de plus de 75% des émissions de CO2 provenant des terres consacrées à l’agriculture.

Les tourbières européennes ont été ainsi fortement dégradées faisant de l’Europe le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre lié à ce milieu.

C’est pourquoi, l’Union Européenne, l’Etat et les Régions appuient une démarche de conservation et de restauration de ces zones humides. Il est souvent trop tard pour bon nombre de tourbières car il est compliqué de rétablir les conditions favorables à leur restauration. Des programmes ont été lancés pour étudier l’impact du réchauffement climatique sur la fonction puits de carbone des tourbières (projet Peatwarm, CarBioDiv, Life…).

Au niveau mondial, la prise de conscience est en cours mais la maîtrise des données est encore en évolution avec, par exemple, l’évaluation assez récente des tourbières du bassin du Congo considéré désormais comme le premier puits de captation de carbone au monde.
L’ensemble des tourbières mondiales représente une quantité de carbone stockée équivalente à la quantité de carbone contenue dans l’atmosphère.
Dans l’objectif de plus en plus incertain de limiter le réchauffement à 2°C, la sauvegarde des tourbières occupe donc une place très importante. Il est indispensable de sauvegarder et quand c’est possible restaurer ces milieux à l’équilibre fragile pour éviter la formation et la dispersion de ces gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ce qui nous éloignerait toujours plus des objectifs climat.

 

* Le Parc Naturel Régional de Brotonne créé en 1974 a été renommé Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande en 2001 dans le cadre de l’évolution de son territoire et de ses missions (apparition d’une nouvelle charte). Il organise des visites scientifiques sur le site du Marais Vernier. Pour en savoir plus, consulter son site web.

Sources :

Le Pôle-relais tourbières

Peatlands – guidance for climate change mitigation by conservation,rehabilitation and sustainable use

Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande

Crédit photos: Anne-Sophie DEFONTE / P.GODREUIL
5 mars 2018
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