Les villes investissent dans le zéro… carbone!

Deux élus des villes de Rennes et Stuttgart ont présenté leur stratégie pour désinvestir l’économie carbonée et investir dans le zéro carbone lors des Assises de l’énergie 2017 à Bordeaux. Cet article vous propose un retour sur ce partage d’expérience réussie.

 

  1. S’inscrire dans la tendance

Il faut le noter, le fait de placer l’argent public et d’investir dans des entreprises et des secteurs qui ne polluent pas et qui respectent les droits humains a le vent en poupe.

Il est possible de citer la création d’un label « fonds d’investissement responsable » par le gouvernement à la fin de l’année 2016 (http://www.actu-environnement.com/ae/news/label-public-isr-lance-investissement-socialement-responsable-26014.php4) et le mouvement des villes qui décarbonent leurs investissements dont la liste est consultable sur le site suivant : https://350.org/

Pourquoi? Tout simplement parce que de plus en plus d’engagements politiques sont pris dans ce sens, notamment au moment des conférences pour le climat dont celle de 2015 s’est tenue à Paris. Or si les engagements sont tenus, investir en 2016 dans le forage d’un puits de pétrole qui commencera à être rentable au bout de 20 ans signifie investir à perte.

Cela répond également à un besoin et une envie de davantage de transparence de la part des citoyens vis-à-vis de l’utilisation des fonds publics dans un contexte où ces fonds se raréfient et des choix stratégiques forts doivent être faits pour les investissements.

  1. Par où commencer?

Pour convaincre d’investir dans des entreprises non carbonées, il est d’abord intéressant de répéter pourquoi investir dans l’économie carbonée concourt aux grands problèmes géopolitiques actuels. Il suffit pour cela de superposer la carte des gisements de ressources énergétiques fossiles avec la carte des plus grands conflits armés ou de non respect des droits de l’homme de par le monde.

Il faut également connaître les investissements de la ville et ses marges de manœuvre. A Stuttgart, où une société investit les fonds de la ville, un agent des services a communiqué l’épais dossier sur la question à l’élue, certainement, selon elle, dans le but de la décourager. Il faut donc faire face à la réticence de toute personne à changer ses habitudes et pratiques professionnelles, notamment parce que le passé est source d’information sûre et toute modification entraîne des incertitudes, alors qu’il faut garantir la sûreté des investissements publics.

Les marges de manœuvre sont également intéressantes à connaître : lorsque la rénovation totale d’une école coûte 1,5 million d’euros et que la ville de Rennes dédie 3 à 4 millions par an à la rénovation de la totalité du parc des bâtiments communaux, il est aisé de comprendre la lenteur des rénovations.

L’investissement est compris comme placement financier mais également comme investissement économique lors de la passation de marchés publics. Il s’agit d’associer les personnes chargées de sélectionner les entreprises qui fournissent aux collectivités leurs voitures, ordinateurs, papiers, encres, nourriture, fontaines à eau, crayons, etc., en s’assurant que ces entreprises appliquent les principes de la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) et sont, autant que possible, locales.

‘Autant que possible’ car le temps nécessaire à la prise en main de la complexité de la législation et des procédures des marchés publics (délégation de service public ou régie? respect de la concurrence si nous intégrons telle ou telle clause?, etc.) ont de quoi remonter le morale à Ulysse qui n’a pris que 20 ans pour entreprendre son voyage de retour chez lui. Sachant qu’un avocat participant à l’atelier a eu la formule suivante : « si les marchés publics sont respectés à la lettre, rien ne peut se faire ».

  1. Conforter et engager la démarche

Vous avez réussi à motiver les autres élus. Vous avez réussi à éplucher le dossier contenant les informations sur les placements de votre ville. Vous avez contacté le service des marchés publics et ils vous soutiennent dans la démarche.

Et maintenant ?

Il faut définir les critères qui vont permettre de retenir ou d’écarter certaines entreprises. Stuttgart a fait le choix de retenir des critères d’exclusion. Ainsi, ne sont pas retenues dans le fonds d’investissement les entreprises qui :

– sont engagées dans l’exploitation du charbon, du pétrole ou du gaz;

– font de la production d’énergie à base d’énergie nucléaire, de pétrole ou de charbon;

– ne peuvent pas prouver qu’elles appliquent la convention des droits de l’enfant (pas de travail d’enfants);

– produisent des armes;

– produisent des OGM;

– ne sont pas claires quant à leurs liens avec la corruption.

Il est intéressant de noter que Stuttgart s’est appuyée sur l’exemple d’une ville autrichienne. Ne nous lassons pas de répéter que toute initiative réussie est une initiative mise en réseau. Il faut créer du lien et élargir le mouvement en créant une communauté, car nous apprenons par l’échange en comprenant les échecs et les réussites des autres.

Par exemple, si vous avez été intéressé par cet article, partagez-le auprès de vos amis, de vos proches, des élus de votre ville, contactez les personnes des collectivités qui ont témoigné pour avoir plus d’informations…

Conclusion

Un des intervenants a souligné que la réflexion est portée par les villes alors qu’elle devrait être portée par les États du monde entier. Cela pose la question de l’échelle mais aussi la question des acteurs : les premiers investisseurs sont les fonds de pension (fonds de retraite) et les assurances. Même s’il est nécessaire et important que les États et les villes agissent, si les milliers de milliards de dollars investis par ces organismes ne sont jamais mis en question, leurs pratiques ne changeront jamais. Or il est nécessaire de les confronter par rapport à leur responsabilité sociale.

Je voudrais conclure en vous proposant d’agir en appliquant les principes suivants :

  1. Ne pas partir du principe que tout le monde s’en désintéresse et que personne ne se mobilisera. Sachez vous entourer de relais et de soutiens. L’élue de Stuttgart a vu son argumentaire appuyé par les étudiants de l’université qui avaient réalisé un film sur les financements carbonés avec leurs professeurs : pourquoi ne pas essayer d’impulser et/ou de reproduire cette pratique?
  2. Ne pas se décourager face au temps. Il a fallu 5 ans pour convaincre les élus à Stuttgart par exemple.
  3. Ne pas se décourager face au fonctionnement en silo des entreprises, des administrations où les responsabilités sont fragmentées avec la spécialisation des services. Il faut reconstruire du lien.
  4. Ne lisez pas les lettres très méchantes qui seront envoyées par les entreprises quand elles apprendront que leurs actions ne sont plus cautionnées par les fonds publics de votre ville !

 

6 mars 2017
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