Bâti ancien : les clés pour réussir sa rénovation énergétique

Le patrimoine bâti traditionnel a traversé les décennies voire les siècles et constitue un important volet du patrimoine culturel d’une région. S’il est debout depuis aussi longtemps, c’est qu’il est bâti selon des techniques qui, si elles ne reposaient pas sur des calculs détaillés, ont fait la preuve de leur bon sens et de leur pérennité. Pour préserver à la fois les caractéristiques architecturales remarquables et la pérennité du bâti, il est donc indispensable de bien réfléchir avant de réaliser toute intervention sur une maison ancienne. En effet, dans de trop nombreux cas, la réalisation de travaux inadaptés conduit à l’apparition de pathologies qui n’existaient pas auparavant (problèmes d’humidité…). Cet article a pour but de présenter les caractéristiques du bâti ancien et les éléments à connaître pour réussir sa rénovation énergétique.

 Qu’appelle-t-on bâti ancien ?

Au sens règlementaire du terme, est considéré comme bâti ancien tout bâtiment construit avant 1948. Dans la réalité, c’est évidemment plus nuancé, la transition entre bâti ancien et bâti moderne se faisant graduellement entre la fin du XIXème siècle et la période d’après guerre (1945-1950).

A l’inverse du bâti moderne, constitué essentiellement de matériaux industriels, le bâti ancien utilise les ressources naturelles locales comme matières premières. En Normandie, ce sont principalement la terre crue, le bois, la brique, la pierre, le silex… Construit en lien avec son environnement (ouvertures au sud…), avec des matériaux à forte inertie, il présente en général des performances thermiques supérieures aux constructions modernes réalisées avant l’apparition des premières règlementations thermiques (1975).

Echelle_bati_ancien_moderne

Les spécificités du bâti ancien et les erreurs à éviter

En premier lieu, les logements anciens présentent évidemment des caractéristiques architecturales remarquables. Les longères, maisons à pans de bois, maisons en briques et silex… font la richesse du patrimoine architectural normand et doivent à ce titre être préservées.

Par ailleurs, du fait des matériaux employés et du rapport plus fort à son environnement, le bâti ancien présente des caractéristiques bien différentes du bâti moderne, que ce soit sur le plan thermique ou hygrométrique.

  • Le renouvellement d’air

Une maison ancienne n’est pas étanche à l’air. Les fuites d’air (principalement au niveau des menuiseries) assurent la ventilation naturelle du logement. Les travaux de rénovation (changement des menuiseries, isolation…) vont réduire fortement les fuites d’air de la maison, ce qui peut être considéré comme positif du point de vue énergétique. Mais si aucun système de ventilation mécanique n’est mis en œuvre en parallèle (incluant des entrées d’air sur les menuiseries extérieures), il y a alors de forts risques de créer des problèmes d’humidité, celle-ci n’étant plus correctement évacuée du logement.

Il faut garder en tête qu’une ventilation adaptée est indispensable dans tout logement, d’une part pour évacuer l’humidité mais également pour garantir la qualité de l’air intérieur.

  • Le comportement thermique

Ses matériaux plutôt lourds confèrent au bâti ancien une inertie importante (capacité des parois à emmagasiner la chaleur pour la restituer ultérieurement), source de confort en hiver comme en été.

Comportement_thermique

En revanche, l’effet de paroi froide généré par les murs non isolés peut être source d’inconfort et d’augmentation des besoins de chauffage. En effet, la température ressentie dans une pièce correspond globalement à la moyenne entre la température de l’air et la température des parois. Au delà d’un écart de 3°C entre les 2, la sensation d’inconfort apparaît, avec comme conséquence la nécessité d’augmenter la température de l’air et donc les consommations de chauffage.

Schéma_paroi_froide

Ainsi, en rénovation, on va chercher à corriger cet effet de paroi froide sans perdre la qualité d’inertie des murs. Cela peut être fait de plusieurs façons : mise en œuvre d’un enduit intérieur isolant (type chaux-chanvre), isolation par l’extérieur… Une isolation classique par l’intérieur entraîne en revanche une forte diminution de l’inertie, à moins d’ajouter un parement lourd sur l’intérieur.

 

  • Le comportement hygrométrique

A l’inverse des bâtiments modernes, où la stratégie est de s’isoler des entrées d’eau, le bâti ancien est constitué de matériaux poreux, qui laissent migrer l’humidité. C’est ce qu’on appelle les parois perspirantes. Ainsi, l’eau est naturellement présente dans les parois d’un bâti ancien, mais dans son état initial, il l’évacue naturellement grâce à ses matériaux capillaires. Toute intervention venant faire obstacle à cette circulation naturelle peut donc conduire à la création d’importants problèmes d’humidité. C’est le cas des enduit extérieurs étanches (ciment) et des isolants ou parements intérieurs étanches (polystyrène, papier peint vinyle…).

Schéma_paroi_perspirante

En rénovation, il est donc primordial d’utiliser des matériaux perspirants appropriés aux supports d’origine. Le tableau ci-dessous présente notamment les isolants adaptés au bâti ancien.

Tableau-isolantsLa source des désordres peut également être l’étanchéification des sols extérieurs (dalle béton devant la maison) ou intérieurs (sol de cave), qui concentrent les remontées capillaires au niveau du mur.

Par ailleurs, la mise en œuvre d’une isolation par l’intérieur peut créer un risque de condensation dans les murs, la température de ceux-ci diminuant du fait de l’isolant.

Le diagnostic : outil indispensable avant d’engager des travaux

On l’a vu, le principe général d’une rénovation réussie sur un bâti ancien est d’améliorer les performances thermiques du logement sans porter atteinte à leur pérennité, leurs qualités architecturales ou leur confort d’usage.

Avant d’engager des travaux, il est donc fondamental de bien connaître la composition du bâti pour identifier les actions adaptées. La réalisation d’un diagnostic initial est donc indispensable. Il doit s’appuyer sur un audit énergétique détaillé (et non un simple DPE) réalisé par un bureau d’études thermiques, et peut également intégrer un audit architectural réalisé par un architecte.

Rappelons qu’il existe des aides financières pour la réalisation d’audits énergétiques, dans le cadre du dispositif régional Chèque Energies.

Pour aller plus loin

Le sujet de la rénovation du bâti ancien est difficilement résumable à un article de quelques dizaines de lignes. Pour en savoir plus, il existe de nombreuses ressources sur le sujet. Certaines sont accessibles gratuitement en ligne :

D’autres sont consultables au centre de ressources documentaires de l’ALEC :

  • L’isolation thermique écologique. Jean-Pierre Oliva et Samuel Courgey.
  • Revue “La Maison écologique
  • Revue “Maisons paysannes de France”

Pour tout renseignement complémentaire sur votre projet de rénovation, n’hésitez pas à vous adresser à l’Espace Info Energie de l’ALEC 27.

 

Pour bénéficier de conseils spécifiques sur les aspects architecturaux, vous pouvez également solliciter le CAUE de l’Eure.

 

Crédit Photo : Fotolia Bernard 63
14 janvier 2016
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