Poêle ou insert – Les critères de choix techniques(2/2)

Après avoir analysé les critères écologiques et économiques dans une première partie, nous allons nous pencher dans cette seconde partie sur des aspects plus techniques. Bûches ou granulés, insert ou poêle, en acier ou avec des matériaux réfractaires, quelle puissance ? Nous allons tenter d’apporter des éléments de réponses aux questions que vous pouvez vous poser !

Chauffage principal ou chauffage d’appoint

C’est la première question à se poser : est-ce que l’appareil de chauffage au bois que je souhaite installer est destiné à chauffer tout le volume habitable ou une seule partie seulement ?

Pour qu’un poêle puisse chauffer l’ensemble des pièces d’un logement, il ne suffit pas de prendre le plus puissant. Au contraire, nous verrons qu’un appareil trop puissant est plutôt contre productif (voir la partie dimensionnement plus bas). La disposition des pièces, leur cloisonnement ou non, la forme du volume habitable déterminent souvent si l’appareil permettra ou non de chauffer l’ensemble du volume.

Voici quelques points qui posent des difficultés pour un chauffage principal assuré par un poêle :

  • faible isolation
  • appareil situé sur un pignon
  • un ou plusieurs étages à chauffer
  • habitation de type “longère”, peu compacte
  • cloisonnement important des pièces du logement
Vous l’aurez compris, idéalement, un poêle sera installé en position centrale d’un logement compact et bien isolé, avec des pièces ouvertes, de plein pied ou à un seul étage.

Bien souvent en rénovation, vous pouvez envisager d’utiliser un appareil de chauffage au bois comme mode de chauffage principal, mais vous devrez conserver une autre source de chauffage en appoint : ce peut être le cas d’une maison avec un chauffage central au gaz ou au fioul, ou encore un logement chauffé à l’électrique. Vous pourrez les conserver et les utiliser en complément de votre chauffage au bois.

Bûches ou granulés

Le deuxième critère de choix est celui du combustible. On peut hésiter entre un appareil à bûches et un aux granulés. Comme nous l’avons vu en première partie, le coût du combustible est bien différent : le granulé en sac est environ deux fois plus cher que la bûche (7 centimes le kWh contre 3,5 centimes pour la bûche en moyenne). Il peut s’agir d’un critère déterminant au départ du projet, notamment si vous utilisez déjà un autre mode de chauffage dont le coût de combustible serait proche du granulé (ex : gaz naturel, fioul).

Plusieurs différences existent entre ces deux appareils :

Avantage du poêle granulés :

  • Fonctionnement proche d’une chaudière : régulation et programmation de la température, fonctionnement en cas d’absence, réserve de granulés intégrée avec alimentation automatique
  • Rendement supérieur au poêle à bûches (10 à 20%)
  • Moins de manutention qu’avec la bûche

Avantage du poêle à bûches :

  • Coût d’investissement, de fonctionnement, et d’entretien plus faibles
  • Stockage du combustible à l’extérieur, ne nécessite pas un lieu de stockage (garage, sous-sol)

N.B : plusieurs marques proposent aujourd’hui des poêles à bûches avec régulation automatique permettant de choisir une température de consigne. Ces appareils adaptent la quantité d’arrivée d’air en fonction de la température souhaitée. Une sonde lambda analyse la température du foyer et la teneur en oxygène puis transmet les informations à un système de pilotage qui ouvre plus ou moins les arrivées d’air, de façon à assurer un rendement optimal. Nous manquons encore de retour sur ces appareils très récents pour apporter un retour d’expériences. Si vous avez choisi un poêle à bûches à régulation automatique, n’hésitez-pas à nous donner votre avis !

Dimensionnement, mise en œuvre des conduits et arrivée d’air

Voilà trois éléments essentiels à prendre en considération !

Le dimensionnement est primordial : il vous est peut-être déjà arrivé d’être invité chez des amis où la température atteignait les 25°, “grâce” à un insert qui tournait pourtant au ralenti ?! Hé oui, un appareil trop puissant provoque de l’inconfort, un rendement dégradé, l’encrassement du conduit et du foyer (bistre, goudron). Veillez donc à choisir un poêle en adéquation avec les besoins de chauffage :

  • chauffage principal ou d’appoint
  • niveau d’isolation
  • volume à chauffer
L’entreprise a un devoir de conseil sur ce point, elle doit “dimensionner” le poêle en fonction des besoins de chauffage. L’Espace Info-Energie peut également vous aider à calculer la puissance nécessaire à partir des trois éléments ci-dessus.

Que ce soit pour un fonctionnement à bûche ou aux pellets, des distances de sécurité sont à respecter entre le conduit (de raccordement ou d’évacuation des fumées), le poêle et tout matériau combustible. Celles-ci dépendent de la résistance thermique du conduit, mais le plus souvent, les professionnels choisissent d’installer un conduit double paroi, qui réduit la distance à respecter et qui évite également la condensation des fumées de combustion. La sortie des fumées (en toiture ou murale) est également soumise à des exigences d’installation (hauteur minimum par rapport au faîtage, distance minimum par rapport au voisinage, etc.). Dans tous les cas, ils devront respecter les règles de l’art des DTU 24.1 et 24.2.

Enfin, pour garantir une bonne combustion, un apport d’air est indispensable. Pour ne pas perturber le fonctionnement de la VMC (ou d’une hotte), et pour garantir une bonne qualité de l’air dans le logement, il est fortement conseillé de prévoir une arrivée d’air dans le sol ou dans le mur, qui est reliée par un conduit directement au poêle ou à l’insert. Si la quantité d’air est insuffisante pour assurer une bonne combustion, vous vous exposez à un risque d’intoxication au monoxyde carbone.

Insert ou poêle ?

En installant un insert à bûches dans votre cheminée ouverte, vous multipliez par 5 son rendement (de 15 à 75% environ) ! A bûches ou à pellets, l’insert permet, si vous le souhaitez, d’alimenter un chauffage central. Équipé d’un corps de chauffe en fonte, il va transmettre la chaleur par rayonnement grâce à la vitre, et par convection (transfert de chaleur par mouvement d’air) : voir schéma ci-dessous.

Il est possible d’ajouter une soufflerie qui va pulser l’air dans la pièce, ainsi qu’un dispositif de distribution de chaleur dans les pièces voisines à l’aide de gaines.

Aujourd’hui, l’esthétisme prend une place importante et a un impact sur le prix de l’appareil. Comptez entre 1 000€ et 5 000€ pour un insert. Privilégiez les appareils de qualité, labellisés Flamme verte et dotés de 5 étoiles (http://www.flammeverte.org/espace-particuliers).

Le poêle à bûches est l’appareil de chauffage au bois le plus vendu aujourd’hui. Certains peuvent s’intégrer idéalement dans une cheminée ouverte, à la place d’un insert. Cependant, la plupart des poêles sont installés en remplacement d’une cheminée ou en utilisant un conduit existant qui ne servait plus jusqu’alors.

Les poêles jouent beaucoup sur l’esthétisme (parois vitrées plus importantes, matériaux colorés, formes arrondies, etc.). Outre ce paramètre, il faut surtout veiller au type de poêle que vous allez choisir. Plusieurs possibilités existent selon vos besoins :

  • Les poêles acier

Légers (autour de 100 kg), ils ont l’avantage de monter rapidement en température. Le revers de la médaille est qu’ils ne stockent pas de chaleur une fois la combustion terminée. De plus, le transfert de chaleur se fait principalement par convection, peu par rayonnement. Le confort est donc moins bon (mouvement d’air chaud, stratification de l’air), avec un déplacement de poussières plus important. Ce type de poêle est adapté pour un chauffage d’appoint, mais ne peut-être utilisé comme source de chauffage principale et permanente, sauf pour un poêle à granulés où de nombreux appareils ne disposent pas de matériaux réfractaires. Cependant, vous pourrez tout de même choisir un poêle à pellets avec un minimum de stockage thermique, comme décrit ci-dessous.

  • Les poêles à inertie
Pour compenser le manque de “stockage thermique” des poêles acier, les constructeurs ont fait appel depuis longtemps à un matériau réfractaire : la fonte. Plus lourds, les poêles en fonte disposent d’une inertie plus grande que les poêles acier. Cependant, la fonte est aujourd’hui le plus souvent remplacée par des matériaux encore plus performants : stéatite, céramique, pierre ollaire, ciment fondu, faïence, céramique, grès. Il existe une grande variété de poêles à inertie, leur habillage permettant différentes couleurs et différents aspects. Le poids de ces appareils varie de 200 à plusieurs tonnes ! On peut cependant distinguer deux grandes catégories :
  • Les poêles acier couplés à un stockage thermique

Ces poêles sont adaptés à la plupart des situations. Il est possible de choisir le niveau de stockage thermique que l’on souhaite (50,100 ou 200kg par exemple), tout en conservant un appareil peu encombrant. La restitution de chaleur se fera par rayonnement des matières réfractaires principalement, mais se fera aussi par convection. On pourrait parler de poêle acier amélioré, avec une inertie permettant de fournir une chaleur douce et constante pendant plusieurs heures, et une montée en température du poêle légèrement plus longue. Le gros avantage est la diffusion de chaleur après combustion, qui varie de 2 à 8 heures environ pour les plus performants (250-300 kg pour ces appareils). Leur rendement peut atteindre 85 %. Ils sont plus chers que les poêles acier du fait de leur stockage thermique (entre 2 000 et 5 000€ selon les modèles).

Ils peuvent constituer une source principale de chauffage grâce à leur inertie, à condition de prendre en compte les points de vigilance abordés au début de l’article (emplacement, isolation, cloisonnement, étages).

  • Les poêles dits de masse ou à accumulation

Les poêles de masse ont une conception proche de celle d’une chaudière, sauf qu’ils n’ont pas besoin de dispositif de régulation et de programmation, ainsi que d’un réseau de distribution de chaleur. D’origine scandinave, le poêle à inertie est composé d’un foyer en briques réfractaires, chamotte (argile), ou en béton. Les parois extérieures sont elles aussi réfractaires (briques, stéatites, argiles, etc.). Cet ensemble donne au poêle du volume et aussi du poids ! Comptez 500 kg pour les plus légers, et 2 tonnes au moins pour les plus lourds !

Les avantages d’un poêle de masse par rapport à un poêle acier avec stockage thermique :

  • un rendement plus élevé (90% voire 95%) : la chaleur des fumées de combustion est récupérée par circulation dans des corps de chauffe internes et contribue à réchauffer l’ensemble de la masse. Alors qu’avec un poêle en fonte, les fumées sortent à 300°C, avec un poêle à inertie elles cèdent un maximum de chaleur à la masse et sont évacuées à seulement 100-150°C.
  • une plus grande autonomie : une flambée suffit généralement par 24h, voire deux les jours les plus froids, à condition que l’isolation soit performante.
  • une restitution de chaleur plus douce : l’augmentation de l’épaisseur des parois permet de ralentir et diminuer la montée en température des surfaces du poêle. La chaleur est transmise quasi-exclusivement par rayonnement, d’où un confort thermique optimal !

Leur encombrement, les tarifs (de 8 000€ à 15 000€ fourni posé), et leur manque de réactivité (plusieurs heures sont nécessaires avant que les calories soient restituées) peuvent cependant constituer un frein à leur installation.

Vous pouvez également, pour compléter votre lecture, consulter la série d’articles consacrée au témoignage de M. BOUCHERIE, propriétaire d’une maison performante associée à un poêle de masse. Premier article consacré à la naissance du projet.

Enfin, si vous souhaitez absolument conserver le plaisir d’une cheminée ouverte, mais avec un rendement digne d’un vrai système de chauffage, vous pouvez choisir un foyer ouvert à double combustion (type Polyflam). Ce système offre l’avantage de conserver le plaisir de la flamme sans vitre avec un second foyer qui apporte la performance escomptée. Les rendements sont comparables à ceux d’un insert. La distribution de chaleur se fait principalement par convection, l’air étant pulsé dans la pièce principale et dans les pièces voisines grâce à un réseau de gaines.

 Vous pouvez consulter le premier article de cette série :

Poêle ou insert : critères de choix économiques et écologiques (1/2)

et également les différents articles sur le chauffage de masse que nous avons publiés :

Poêle de masse : un système de chauffage peu connu (1/5)

Poêle de masse : naissance du projet (2/5)

 Poêle de masse : conception de la maison (3/5)

 Poêle de masse : mise en œuvre pratique (4/5)

Poêle de masse : retour sur les consommations (5/5)

Pour aller plus loin :

Pour plus d’informations, contactez l’Espace Info Energie.

Crédit photos : ALEC27, Habitat Naturel (schéma insert)
2 février 2015
1 Commentaire/par
1 réponse

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] Pour consulter les différents articles de cette série sur le chauffage que nous avons publiés :Poêle de masse : un système de chauffage peu connu (1/5) Poêle de masse : conception de la maison (3/5) Poêle de masse : mise en œuvre pratique (4/5)Poêle de masse : retour sur les consommations (5/5)Et aussi :Poêle ou insert : critères de choix économiques et écologiques (1/2)Poêle ou insert : critères de choix techniques (2/2) […]

Les commentaires sont désactivés.