De la vache au kWh : histoire de méthanisation

Toujours à l’affut de projets innovants et exemplaires, l’ALEC 27 s’est récemment rendue à Boissy-Lamberville, petite commune rurale du Pays Risle Charentonne. Bien que le paysage champêtre et la douceur du printemps soient propices à la balade, nous sommes venus pour toute autre chose.

En effet, depuis quelques mois, le Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC) de Bouclon abrite une unité de méthanisation qui valorise énergétiquement les déchets de la ferme en électricité et en chaleur. Il produit donc une énergie locale et renouvelable ! Mais avant d’aller plus loin, essayons de comprendre quelles raisons ont poussé la famille De Bouclon à se tourner vers une telle technologie…

Ici, on ne chôme pas puisque 10 personnes (8 ETP) travaillent sans relâche pour pratiquer l’élevage, la culture céréalière, le maraichage et la vente à la ferme. 500 bovins produisent un lait riche et épais « Made in Normandie ». La terre et les vergers apportent, au fil des saisons, pommes, salades, poivrons, courgettes, oignons et surtout pommes de terre. 1200 tonnes de pommes de terre / an, qu’il faut récolter, sécher et stocker à 4°C sous atmosphère ventilée. Pour assurer le séchage, la production de froid et l’alimentation en électricité des bâtiments agricoles, la facture d’électricité de la ferme s’élève à près de 44 000 €/an. Une charge lourde dont il faut savoir anticiper les futures évolutions…

A Boissy-Lamberville, on a peu de vent et de soleil, mais fort heureusement on a des idées !

Digesteur anaérobie et Post-Digesteur © ALEC 27 / M.Atinault

Le cheptel de 500 têtes produit environ 9 000 tonnes de fumier et de lisier par an, pouvant être utilisées en amendement organique mais également comme source d’énergie.

En 2010, le GAEC de Bouclon a fait appel à l’entreprise MT ENERGIE, filiale française d’une société allemande. L’entreprise s’est chargée de l’étude du potentiel énergétique, du montage financier et de la déclaration(1) exigée par la réglementation ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement).

Troupeau de 500 vaches laitières © ALEC 27 / M.Atinault

Après 4 années de formalités en tout genre, le chantier a finalement débuté en juillet 2013. Les travaux se sont terminés en décembre et l’installation a été raccordée au réseau électrique en janvier 2014.

Chaque jour, 25 tonnes d’effluents agricoles, de tontes et de restes de légumes invendus sont injectés dans une première unité, où ils sont mélangés et chauffés à 40°C, en milieu anaérobie (sans oxygène). L’action des bactéries méthanogènes entraine une décomposition de la matière organique produisant le fameux biogaz : mélange de méthane (CH4 ≈ 70%), de dioxyde de carbone (CO2 ≈ 28%) et d’hydrogène sulfuré (H2S < 2%). La teneur en gaz soufrés (H2S) est étroitement contrôlée afin de limiter la corrosion des équipements.

Cogénérateur © ALEC 27 / M.Atinault

Le biogaz produit est transféré dans une seconde cuve jouant le rôle de stockage, puis transmis en continu au cogénérateur. Le méthane (CH4) est alors brûlé et produit d’une part de l’électricité, via un alternateur, et d’autre part de la chaleur. L’électricité est alors transmise à un transformateur et injectée dans le réseau public. D’ici quelques mois, la chaleur sera également récupérée et chauffera les habitations les plus proches.

L’investissement nécessaire pour une telle installation est conséquent : 1,4 million d’€. Le modèle économique est pourtant rentable grâce à l’obligation d’achat de l’électricité d’origine renouvelable. L’électricité issue du cogénérateur est ainsi vendue à EDF à un tarif bonifié compris entre 0,15 et 0,16 € / kWh (arrêté du 19 mai 2011 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations qui valorisent le biogaz).

Avec une puissance installée de 220 kW, l’unité de méthanisation de Boissy-Lamberville peut ainsi satisfaire les besoins en électricité spécifique de 430 maisons et les besoins en chauffage de 40 maisons… uniquement grâce aux ressources locales et renouvelables.

Mais, que fait-on des résidus de méthanisation ?

Séparateur de phase © ALEC 27 / M.Atinault

 

Le fameux digestat est collecté dans la partie basse de l’unité de stockage puis injecté dans un séparateur de phase. La phase liquide est stockée en citerne avant d’être épandue dans les champs, tandis que la phase solide donne un compost facilement conditionnable. A terme, celui-ci sera analysé et normalisé afin d’être vendu. Cerise sur le gâteau : après méthanisation, le digestat n’a plus d’odeur ! Adieu nuisances olfactives et conflits de voisinage…

(1) Les activités de méthanisation de déchets non dangereux correspondent à la rubrique 2781-1 de la nomenclature ICPE. L’unité installée au GAEC de Bouclon traite environ 25 tonnes de déchets agricoles par jour et est donc soumise au régime DC « déclaration et contrôle ».

Quelques chiffres…

Coûts :

Financement :

Etudes, démarches, équipement, chantier : 1 400 000 €(A venir : micro réseau de chaleur = 70 000 €) FEDER : 200 000 €Région HN :159 592 €Département de l’Eure : 30 000 €Emprunt bancaire : 700 000 €

Fonds propres : 250 000 €

 

Pour plus d’informations, contactez notre Chargée de Mission accompagnement des démarches territoriales énergie-climat.

13 juin 2014
par