Energie hydraulique et continuité écologique enfin réconciliées

Profitant d’un printemps précoce, l’ALEC 27 est allée à la découverte d’un ouvrage aussi intéressant que méconnu : le barrage hydroélectrique d’Heudreville-sur-Eure. Les familiers du secteur le savent : ce barrage ne date pas d’hier. Construit en 1870, il a longtemps contribué au passé industriel du village où 3 roues hydrauliques tournaient au profit d’une filature à laine. Avec la fermeture des usines textiles, le barrage a plus ou moins souffert d’un manque d’entretien régulier et a été plusieurs fois en passe de disparaître.

Par chance, sa sauvegarde a été inscrite en 1990 dans le Plan pluriannuel d’entretien et de restauration du Syndicat de Rivière. Il fut alors reconstruit et équipé d’une passe à poissons, d’une passe à canoës et d’un large clapet permettant de gérer les épisodes de crues. Sa reconstruction en 1991 n’était cependant pas entièrement satisfaisante : la passe à poissons n’était pas efficace, la passe à canoës dangereuse, l’énergie hydraulique était perdue et l’entretien du barrage était une source de coûts.

Deux vis hydrodynamiques (photo ALEC27 © M.Atinault)

La solution retenue fut d’installer 2 turbines à vis hydrodynamiques ou « vis d’Archimède ». Cette  technologie très respectueuse de la faune et de la flore a été découverte par la société ALISMA en 2008 à l’occasion d’un voyage à Fribourg (en Autriche) où une vis sans fin a été installée sur le cours d’eau local. Alisma a ensuite dû améliorer la technologie avec l’aide de partenaires au Royaume-Uni, afin de la rendre économiquement viable en France, et avec l’appui de l’entreprise ER3I spécialisée en hydroélectricité conventionnelle et automatismes. Les travaux récents en R&D de ER3I, menés avec l’Université de Nancy, sont particulièrement adaptés à la technologie des vis.

Pour le projet Heudreville-sur-Eure, ALISMA a ainsi pris en charge les multiples questions nécessaires pour faire aboutir un tel projet : relations avec les autorités compétentes (ONEMA, Agence de l’eau, ADEME,…), autorisation, financement, choix techniques, choix des partenaires, pilotage des études, maîtrise d’ouvrage, réception des travaux, suivi d’exploitation.

Bras artificiel en construction (photo ALEC27 © M.Atinault)

Le développement du projet s’est déroulé sur cinq années, dont quatre pour garantir le respect des diverses réglementations existantes, notamment la Directive Cadre européenne sur l’Eau (DCE) (transposée en droit français par la loi n°2004-338 du 21 avril 2004) qui fixe des objectifs de non dégradation de la qualité des eaux et exige d’atteindre leur « bon état » chimique et écologique d’ici 2015. Parmi les nombreux paramètres pris en compte, la DCE exige notamment d’assurer la continuité écologique des cours d’eaux, c’est-à-dire la libre migration des espèces aquatiques (poissons, algues…) et des sédiments (sables, limons…).

La technologie des vis hydrodynamiques est particulièrement adaptée aux hauteurs de chutes comprises entre 2 et 4 mètres et pour les rivières de débit supérieur à 10 m3/s. Chaque vis est connectée à un multiplicateur ainsi qu’à un alternateur transformant l’énergie mécanique en électricité. De nombreux équipements annexes ont été installés pour garantir le respect de la réglementation et optimiser au mieux le fonctionnement et le retour d’expérience :

  • Capteurs suivant en continu le débit, la hauteur de chute, la puissance de chacune des deux vis, la production électrique…
  • Connexion internet à la station DREAL de Cailly afin d’activer l’ouverture du barrage lors des épisodes de crues et éviter les risques de débordement

Après 4 années d’affinage du projet avec les autorités compétentes, le feu vert de l’autorité environnementale, une enquête publique et 6 mois de travaux, la centrale hydroélectrique d’Heudreville-sur-Eure a pu être mise en service début janvier 2014 !

Les travaux de génie civil, la pose des vis et l’abri de commande (local technique) ont été réalisés par VERCHEENNE, entreprise spécialisée dans la construction d’ouvrages hydrauliques, maritimes et fluviaux.

Les vis tournent à bon rythme, les poissons découvrent un nouveau moyen de passer le barrage et les premiers KWh s’affichent sur les écrans de commande. Seuls sont encore en cours quelques  travaux de finition du bras artificiel qui servira bientôt de nouvelle passe à canoës et permettra aux poissons de remonter le cours de l’Eure.

014-300x200 Vous l’aurez compris, le barrage hydroélectrique d’Heudreville-sur-Eure est un pilote ! Son fonctionnement et son innocuité pour l’environnement vont être suivis de près par ses instigateurs mais également par de nombreux propriétaires de petits barrages, publics ou privés, qui pourraient bientôt reproduire cet exemple un peu partout en France.

Pour en savoir plus : petite.hydro@gmail.com  / 06 19 60 10 99

Heudreville-sur-Eure © ALEC 27 – M.Atinault

 

30 avril 2014
3 Commentaires/par

Remise en service du barrage hydroélectrique d’Heudreville-sur-Eure ×

Mise au point d'une solution technique innovante.

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3 réponses
  1. Michelle Boitard
    Michelle Boitard dit :

    Eh bien, voilà la preuve que l’Énergie et l’Écologie sont compatibles si on s’en donne les moyens !
    Cet article est tout à fait enthousiasmant . Le barrage hydroélectrique d’Heudreville-sur-Eure réussit à être efficace tout en permettent le vie des poissons et le passage des canoës ! Et le cadre reste charmant . Que demander de plus ?
    Que de nombreuses entreprises aient ce même souci de ne rien sacrifier !

    Merci Marie pour ce bel article qui fait chaud au cœur.

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