EnR et biodiversité peuvent-elles cohabiter ? L’éolien…

Cela ne vous aura pas échappé, une rude bataille se joue actuellement au Parlement autour du projet de Loi pour la reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages (dite aussi Loi BNP, cela ne s’invente pas !). La commission paritaire réunie le 25 mai dernier, en charge d’étudier les 58 articles rejetés par le Sénat (sur les 170 articles du projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale en mars dernier), a échoué… dès la lecture de l’article 2 ! Le texte devra donc à nouveau faire la navette entre l’Assemblée et le Parlement jusqu’à ce que le texte fasse consensus et soit adopté, au mieux fin juillet.

Pourtant, chacun reconnait le rôle essentiel de la biodiversité, qu’elle soit faunistique ou floristique, ordinaire ou extraordinaire, micro ou macroscopique. Toute espèce ou association d’espèces assure un ensemble de fonctions dites écosystémiques ayant un intérêt environnemental, mais aussi économique et social. Que ferions-nous sans insectes pollinisateurs ? Sans oiseaux pour fragiliser les graines et faciliter la germination ? Sans bactéries pour transformer la matière organique en terre végétale ? Sans prédateurs pour réguler les populations de rongeurs ? Ou sans levures pour fermenter notre bière ?

Le domaine énergétique n’échappe pas à cette préoccupation. Tout porteur de projet (éolien, solaire, biomasse…) doit scrupuleusement respecter la règlementation et appliquer la doctrine ERC visant à éviter, réduire et (en dernier recours) compenser les impacts de son projet sur la faune, la flore et les milieux naturels. Mais ne nous méprenons pas ! Toute installation aura toujours un impact sur l’environnement dont il nous revient de minimiser l’ampleur et la durée.

Pour le vérifier, aujourd’hui, parlons d’éolien…

Chaque région française est dotée d’un Schéma Régional Eolien (SRE) délimitant avec précision les zones où il est autorisé d’implanter des « installations de production d’électricité utilisant l’énergie mécanique du vent ». Certes, ce SRE tient compte du gisement éolien, mais également des enjeux architecturaux, paysagers et environnementaux locaux, identifiés par de sérieuses études préalables. Le développement éolien est ainsi proscrit de tout secteur présentant une zone d’habitat, de migration ou de nidification d’espèces protégées (notamment oiseaux et chiroptères).

Il en est de même sur le domaine maritime où le développement de l’éolien offshore n’est possible que dans des zones délimitées par l’Etat, afin de ne pas mettre en péril le milieu marin et la ressource halieutique, si importante pour l’économie du territoire. Le maître d’ouvrage devra ainsi éviter les zones de reproduction d’espèces (notamment moules, coquilles Saint-Jacques..), les milieux marins sensibles, ainsi que les zones de passage ou de reproduction de mammifères marins (baleines, phoques, dauphins…). Le choix des technologies et la phase chantier devront également tenir compte de cette précieuse biodiversité. Dans certains cas, on préfèrera installer les mâts sur des fondations gravitaires (en béton) ou sur des jackets (structures munies de 4 pieds), en lieu et place des mono-pieux, afin (entre autre) de limiter l’impact acoustique du chantier sur les mammifères marins. Dans certains cas, l’impact acoustique créé par le battage nécessaire à l’enfoncement des pieux pourra être limité par une barrière physique temporaire comme un rideau de bulles.

goelands - Blonville sur mer

Goélands sur la plage de Blonville sur Mer (Normandie – Calvados)

Quand on parle d’éolien offshore, une question délicate se pose systématiquement : faut-il, ou non, autoriser la pêche au sein des parcs éoliens ? En d’autres termes, faut-il priver les marins-pécheurs d’une partie de leur espace de prospection ? Pour limiter les risques de collision comme pour favoriser le développement de la vie marine après l’inévitable phase de chantier, il semble parfois préférable d’exclure la pêche de la zone et de n’autoriser que les activités de maintenance et de suivi. Une étude menée pendant 7 ans dans la zone de construction du parc de Horns Rev 1 au Danemark a démontré que les rochers installés au fond de l’eau, au pied des éoliennes, permettaient aux espèces de poissons de roches de trouver abri et nourriture en abondance (algues et petits poissons) : on parle d’effet récif. Avec le temps, le parc devient ainsi une zone de conservation et de reproduction d’espèces, profitant aux activités halieutiques voisines.

En revanche, les effets sur l’avifaune sont souvent plus inquiétants. Bien que les zones de développement soient choisies de manière à éviter les couloirs de migrations, les parcs constituent tout de même un effet barrière perturbant le vol des oiseaux entre zones de nidification et d’alimentation. La fréquence des collisions entre oiseaux et turbines dépendra de plusieurs facteurs (espèce, altitude du vol, distance entre la côte et les éoliennes, heure du jour ou de la nuit, direction et force du vent…). Certains études commencent à montrer que, avec le temps, les oiseaux sont capables de s’adapter et de modifier leurs déplacements pour éviter les éoliennes. Mais il faudra encore quelques années de suivi pour confirmer ce point…

Enfin, qui dit Énergies Marines Renouvelables, dit également acheminement de l’électricité produite, via des câbles sous-marins, reliant le poste électrique en mer au poste électrique de raccordement : c’est l’atterrage. Si la côte est réputée pour sa richesse faunistique et floristique, comme c’est le cas en Normandie où la côte d’Albâtre est classée Natura 2000 au titre des Directives européennes Oiseaux (Zone de Protection Spéciale – ZPS) et Habitats (Zone Spéciale de Conservation – ZSC), RTE devra prendre toutes les précautions nécessaires pour ÉVITER de dégrader le milieu et RÉDUIRE l’impact sur les espèces présentes, en limitant l’emprise du chantier, en évitant les périodes de nidification, en balisant les zones à enjeux et en assurant un suivi environnemental du chantier.

Dans le domaine de la production d’énergie solaire, il est également possible d’être attentif à la biodiversité locale. Mais ça, nous en parlerons dans quelques jours…

Crédit Photo : Fotolia et M.Atinault
7 juin 2016
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