Une ferme en quête d’autonomie énergétique

Etienne ADELINE, propriétaire laitier anciennement implanté à Gisay-la-Coudre, vient de transférer son exploitation à Saint-Pierre-du-Mesnil, sur les terres voisines de son père, producteur de céréales et de pommes pour la maison ANDROS. Objectif de ce déplacement : permettre au père et au fils de créer un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) et ainsi de porter ensemble des projets innovants, tels que la création d’une unité de méthanisation agricole. Dissimulée entre les vergers, les bosquets et les troupeaux, la première unité a vu le jour en septembre 2016 et permet, par cogénération, la production d’électricité et de chaleur.

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Unité de méthanisation bordée par les vergers

1 fosse et 2 cuves de méthanisation font désormais partie du décor de la ferme. La fosse réceptionne le lisier et le fumier du bâtiment des vaches ainsi que les menues pailles et tontes d’herbes. Une première unité (le digesteur), tous les jours alimentée, permet de dégrader les intrants en milieu chauffé à 40°C, mélangés et sans oxygène pour produire du biogaz.  Elle est étanche gaz et la durée de séjour des intrants est de 80 jours. Les digestats sont transférés vers la deuxième unité qui sert de stockage. En général dans une unité de méthanisation, seule la première cuve est étanche gaz et possède un filet de désulfurisation. Ici, le choix a été fait de rendre la deuxième cuve également étanche gaz avec un filet pour assurer une meilleure désulfurisation du biogaz et de permettre un plus grand dimensionnement de l’installation dans le futur. Ces filets permettent également de réduire la consommation de filtres à charbon étant donné que le gaz passe dans un filtre avant d’être consommé dans le moteur de cogénération (Schnell). Celui-ci a une puissance de 250 kW électrique et 220 kW thermique . La méthanisation sera optimisée pour un fonctionnement du moteur à sa puissance nominale. Le digesteur consomme entre  ¼  et 1/3  de la chaleur produite selon la saison.

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Ici, le digestat stocké ne subit par de traitement de séparation de phase liquide/solide, comme on peut le voir dans certaines unités.

Ce projet de méthanisation va valoriser énergétiquement les déchets de la ferme en chaleur et en électricité. Une chaleur dont la  famille va bien évidemment profiter mais aussi partager, elle alimente 6 installations étendues sur un réseau d’1 km : le château de Blanc Buisson et son orangerie, remplace 2 chaudières fuel se trouvant dans le bureau et les bâtiments d’habitation, alimente un aérotherme au-dessus des robots afin d’éviter le gel en hiver, le système de séchage et le chauffe-eau sanitaire de l’élevage. L’excès de chaleur qui est prévu sur la période d’été permettra la mise en place d’un système de séchage pour les grains et le foin, le but étant de faire des économies de soja pour nourrir les vaches. L’électricité produite va être vendue en totalité à EDF , grâce à un contrat d’une durée de 15 ans. La délocalisation de l’élevage a permis de réduire le transport de lisier mais aussi d’avoir une meilleure rentabilité bien-sûr, tout en limitant les nuisances pour le voisinage. D’autant plus que l’exploitation souhaite dépendre le moins possible de l’extérieur en achat d’engrais, la méthanisation va produire du digestat, un composé de matière organique riche et qui pénètre plus facilement dans le sol.

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Ce projet de méthanisation a suscité des démarches administratives importantes dont un agrément sanitaire et un plan d’épandage. Les dossiers de subvention ont été très longs à réaliser mais la famille Adeline a su convaincre un certain nombre de financeurs. L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), la Région, le Département, le FEADER (via le Plan pour la Compétitivité et l’Adaptation des Exploitations Agricoles) ont participé au projet. Une demande auprès du fonds européens est en cours (FEDER). Les subventions représentent environ 20% du projet, par ailleurs, elles vont aussi permettre de réduire le temps de retour sur investissement du projet puisqu’il passe de 12 à 8 ans. Les plans d’hygiénisation ont également été  une contrainte pour la validation du projet par la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations), une analyse périodique des matières entrantes et sortantes est nécessaire.

L’exploitation dispose de moins de 150 vaches et elle est en dessous des 30 tonnes/j d’apport d’intrants, ce qui permet à la ferme de ne déposer qu’une déclaration au titre de la réglementation ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), ce qui correspond aux exploitations qui présentent un danger modéré pour l’environnement (voir nomenclature ICPE). De ce fait le projet n’est pas soumis aux enquêtes publiques.

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Vaches laitières, GAEC Adeline

Le 12 juillet 2016, Osanne Poubelle

Crédit photo : (c) Annie Jacques

 

12 juillet 2016
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Unité de méthanisation ×

Unité de méthanisation autonome du GAEC Adeline

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