Pourquoi impliquer les parents d’élèves dans la mise en place des comportements sobres en énergie ?

Le défi écol’énergie vise à mettre en place des comportements écocitoyens dans les écoles. Les parents d’élèves sont associés à la fin du projet par le biais d’une présentation du travail de leurs enfants. Ainsi, se sont tenues à l’école Léon Blum de Val-de-Reuil le 23 juin et à l’école Louis Pasteur de Rouen le 24 juin les « fêtes des économies d’énergie ». Couronnées de succès avec une participation très importante en cette fin d’année déjà très occupée par les kermesses, voyages et parfois vacances anticipées pour certains, il est important de revenir sur les raisons de l’association et de l’implication des parents dans le projet défi écol’énergie.

L’être humain : un animal mimétique qui se construit

Le défi écol’énergie vise à mettre en place de nouveaux comportements sobres en énergie. Or nous apprenons par imitation pour des raisons identitaires mais qui seraient également aussi génétiques, avec les neurones miroirs (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Neurone_miroir). Il est rassurant pour les hommes et particulièrement les enfants de reproduire les comportements observés dans leur entourage proche. L’entourage proche d’un enfant est composé de sa famille, de ses camarades d’école et des professeurs d’école : la famille constitue la référence structurante, le modèle comportemental à reproduire pour l’enfant. Or toutes les familles ne mettent pas en œuvre de tels comportements.
Du fait que les jeunes enfants et les adolescents construisent leur identité en calquant ou en comparant leurs actions à celles de leur entourage proche, comprendre les relations entre la famille et l’école et réussir à impliquer les familles est essentiel pour la réussite du défi écol’énergie.

DSCN4291

L’importance des interactions positives autour de l’éducation dans les familles

Le suivi et le soutien scolaire de la part des familles est fondamental pour l’apprentissage de l’enfant. L’école agit en conséquence du travail d’éducation des familles et bénéficie de l’éducation sensible des parents. Dès sa naissance, l’enfant a bénéficié de l’attention, de l’affection et des règles édictées par ses parents afin de pouvoir prévoir et ajuster son comportement mais aussi de grandir en sécurité. Les expériences positives sont constituées d’encouragements, de félicitations, d’échanges physiques et verbaux positifs.
« Epstein (2001) considère les interactions parents -adolescents axées sur l’école comme une dimension de la fonction parentale (Parenting). […] Epstein considère que le soutien affectif est un élément tout aussi important dans les interactions entre parents et adolescents axées sur l’école. Ce mode de soutien s’exprime par des encouragements, des compliments et par l’utilisation de mots valorisants dans les discussions axées sur les activités académiques. » Source : http://www.memoireonline.com/02/09/1981/Milieu-familial-et-reussite-scolaire.html
Il est néanmoins nécessaire de revenir aux réalités : une tendance à la crispation des relations entre parents et professeurs transparaît de plus en plus à travers les médias (Une de magazines) mais aussi au sein même du Ministère de l’éducation ayant rédigé un guide qui cadre les rôles des parents et professeurs lors des rencontres parents/professeurs. A l’origine de ces crispations, un nombre important de raisons qu’il n’est pas possible de développer en totalité ici mais dont les plus importantes seraient celles-ci :
– La dégradation des conditions du marché du travail où l’école et les études longues ne permettent plus d’assurer aux enfants un niveau de vie égal ou supérieur à leurs parents ; d’où une remise en question de l’utilité/importance de l’institution ;
– Une opacité des réformes, des matières étudiées, de l’organisation et du fonctionnement de l’Education nationale ;
– Des peurs réciproques entre professeurs et parents d’être jugés, incompris, remis en question dans leur autorités respectives, etc.

DSCN4351

Le défi écol’énergie : un facteur pour renforcer la réussite scolaire

Si l’école est tributaire et bénéficiaire de l’éducation des parents, c’est encore plus vrai pour le défi qui est un projet volontaire et non sanctionné par une évaluation. L’ALEC 27 a construit le contenu pédagogique du défi en se basant sur les programmes scolaires ; la méthodologie se base sur les techniques d’animation de l’éducation populaire couplées avec la méthodologie de l’expérimentation scientifique. Ainsi, le défi écol’énergie vise à renforcer l’autonomie, l’esprit critique et la coopération entre élèves à travers des manipulations, du travail en groupe et du travail de recherche où les élèves testent, comparent et apprennent.
Le défi responsabilise l’enfant face à son environnement : les règles ne sont pas imposées mais co-écrites et appropriées. Le pendant du défi écol’énergie dans les collèges, le défi Watt collège, a permis au principal du collège César Lemaître de Vernon d’expliciter les bénéfices des défis avec la formule suivante : « le défi a renforcé la cohésion de classe ; des élèves que nous suspections d’être en décrochage scolaire très fort à la fin de l’année n’ont pas eu de décrochage aussi marqué que prévu. »
Le défi, par sa méthodologie, permet aux élèves de construire un autre rapport au savoir et à l’école. Le défi est un projet de classe et d’école qui constitue à ce titre un motif d’échange entre l’enfant et les parents. La totalité des élèves des classes pilotes échangent avec leurs parents sur le défi, que ce soit sur les expériences faites en classe ou les éco-gestes co-écrits et mis en œuvre dans la classe. Or la recherche théorique explicite l’importance pour les enfants et les familles d’échanger positivement sur les expériences scolaires :
« Muller et Keith (1993) ont souligné que l’implication des parents dans les études de leurs enfants à travers les discussions centrées sur les expériences scolaires de ce dernier représente un élément essentiel qui motive et qui favorise la réussite scolaire de l’élève. »
« Deslandes (2001) avance que plus les parents participent et interagissent avec les adolescents sur les activités scolaires plus les adolescents ont de meilleurs résultats, un faible taux d’absence, peu de difficultés comportementales, une perception plus positive de la classe et du climat scolaire. »
Source : http://www.memoireonline.com/02/09/1981/Milieu-familial-et-reussite-scolaire.html

DSCN4351

Comment susciter l’intérêt des familles ?

Le défi aura deux finalités auprès des familles. D’une part, dans le cadre d’un environnement familial chaleureux et valorisant les travaux de l’école, il permettra aux familles de se saisir des questions énergétiques dont ils n’ont pas forcément conscience (« mes parents ont été choqués d’apprendre à quel point nous sommes dépendants de l’énergie » [suite à une série d’expériences sur l’usage de l’énergie dans les transports, l’alimentation, le traitement de l’eau, l’éclairage, etc.] a écrit un élève du défi Watt dans l’évaluation anonyme remplie à l’issue du défi. Il est possible de penser que ces réactions se retrouvent également auprès des parents des classes d’élèves primaires). D’autre part, le défi, par son caractère exceptionnel et son objectif de valorisation de l’enfant, peut être un prétexte aux échanges entre l’enfant et sa famille.
Lors de la « fête des économies d’énergie », les familles se déplacent en premier lieu afin de voir le travail de leur enfant. Puisque les parents ne participent pas nécessairement à la fête des économies d’énergie par intérêt pour les économies d’énergie, cela rend l’événement très intéressant, car il touche des personnes parfois éloignées de la problématique de l’énergie.
Il est possible d’affirmer que l’intérêt premier des parents d’élèves réside bien dans le fait de voir le travail de leur enfant suite à l’expérience suivante : à l’école Isambard d’Evreux, les parents ont été conviés à une réunion de présentation et d’expérimentation sur les éco-gestes en début d’année scolaire. Sur la cinquantaine de familles concernées, seules 4 se sont déplacées. Lors de la fête des économies d’énergie à la fin de l’année, plus de 30 familles se sont déplacées.

WP_20160428_16_33_14_Pro

Créer l’intérêt en informant et associant les familles tout au long de l’année

L’intérêt accru des familles pour le défi à la fin du projet peut s’expliquer par d’autres facteurs :
– Le format convivial et ludique de la fête des économies d’énergie : les élèves animent des ateliers expérimentaux et informatifs et l’événement est conclu par un goûter.
– Une information continue à travers les cahiers de liaison dans lesquels la liste des éco-gestes rédigée par les élèves a été collée et signée à la demande du professeur (mis en place à Rouen).
– Une information continue de la part des enfants à leurs parents tout au long de l’année sur les éco-gestes et les actions mises en œuvre dans l’école.
– Une information de la participation de l’école au défi dans les conseils d’école ; l’affichage de BD ou affiches de rappel aux éco-gestes à adopter dans toute l’école.
Ce temps long d’information permet aux parents de se familiariser avec le projet tout au long de l’année. La temporalité du défi (toute l’année scolaire, ce qui est un projet long) est fondamentale pour sa réussite.

WP_20160428_16_36_24_Pro

La pérennité des changements de comportement : l’interaction réciproque entre l’enfant et ses parents

L’importance de l’intérêt des parents permet de garantir la pérennité des éco-gestes. En effet, les enfants remontent à leurs parents les éco-gestes qu’ils ont co-construits dans le cadre de la classe. Afin d’être pérennes, ces comportements doivent être validés et appliqués dans la sphère privée. « Le changement de comportement est global. Il ne peut donc pas seulement s’appliquer à la maison, ou au bureau ou à l’école. Nous ne compartimentons pas nos comportements en fonction de l’endroit que nous occupons. » Source : Central Office of Information (COI) (2009). Communications and behaviour change. London: COI.
Les informations remontées par les élèves ne sont pas suffisantes pour ancrer les changements de comportement ; il est nécessaire d’apporter des éléments théoriques de compréhension et des éléments pratiques d’action. C’est pourquoi les résultats concrets des économies sont annoncés lors de la fête des économies d’énergie et que les ateliers animés par les enfants sont autant informatifs que ludiques.
La présentation de leur travail par les élèves apporte des éléments théoriques d’explication (la différence entre une énergie renouvelable et fossile, le nombre de litres d’eau consommés par personne par jour, etc.) mais également pratiques sur les solutions choisies et mises en œuvre dans les établissements scolaires.

WP_20160428_16_50_25_Pro

Et donc, des changements de comportement réellement pérennes ?

Pour être tout à fait pérennes, les changements de comportement doivent venir de motivations intrinsèques. « L’individu doit croire que le comportement est agréable et compatible avec son « estime de soi », ses valeurs et ses buts dans la vie. Ceci est renforcé en sondant pourquoi l’on doit persister, ou dans quelle mesure le nouveau comportement se rapporterait à des objectifs plus larges. Un individu doit ressentir qu’il choisit ses actions, qu’il en est responsable, pour être capable d’atteindre cet objectif et également être compris, apprécié et valorisé par autrui. » Source: Revue EUFIC 07 2014
Or le contrôle de l’application réelle des éco-gestes suite à une modification des valeurs intrinsèques des personnes est pratiquement impossible. Afin d’être tout à fait complète, l’action devrait être complétée par des dispositifs conçus spécifiquement pour le public adulte à travers les conseils neutres et gratuits des conseillers info-énergie ou encore les défis « famille à énergie positive ».

Crédit photo: ALEC 27
12 juillet 2016
par