Comment j’ai changé – 1er épisode

A l’heure où les sujets de changement de société, de transition écologique, d’alternatives et de solutions à mettre en œuvre sont évoqués de plus en plus un peu partout : qu’en est-il vraiment ? Que peut-on vraiment changer et comment peut-on changer ?

Ces questions sont pour moi fondamentales de par le métier que j’exerce (chargée de mission éducation à l’énergie et au climat) mais aussi en tant que citoyenne. Le changement de société peut-il passer par des changements individuels ? Comment faire pour rendre les changements pérennes sachant que nos vies ne sont pas lisses et que nous devons toujours nous adapter à de nouvelles contraintes ?

Je veux ici vous faire mon retour d’expériences sur ce que j’ai fait, en insistant sur le comment et le pourquoi.

  1. J’en ai marre des déchets dégoûtants et des voitures qui font du bruit

J’ai toujours beaucoup marché et fait de vélo. Au lycée, nous avons déménagé dans une petite ville où tout était accessible à pied (maximum 30 minutes de marche). De fait, je n’ai jamais pris le bus pour aller en cours ou dans mes activités extra-scolaires et je marchais au minimum 1 heure par jour. J’avais déjà commencé au collège et j’ai continué lors de mes études à Rennes, où j’ai plutôt opté pour le vélo.

Marcher me vide la tête, il y a quelque chose d’hypnotique dans le cadencement répété et inlassable de mettre un pas devant l’autre. J’aime ces moments : je suis seule et en paix avec moi-même et mes alentours, je rêve, je pense à plein de choses. Sauf quand des voitures me frôlent, en faisant un bruit monstrueux. Les voitures ont aussi la p1180497caractéristique de puer. Et sauf quand je vois traîner des canettes, des mégots, des bouteilles plastiques, parce que cet irrespect de base me met en colère.

Cela a été ma porte d’entrée à l’intérêt très fort que je porte aujourd’hui à mon environnement. Je n’ai pas commencé à m’intéresser à mon cadre de vie, le respect de la biodiversité, la réduction de mes consommations énergétiques ou de mes déchets par conviction : je l’ai fait parce que les dégradations de mon environnement que je percevais me gênaient et m’ont amené à me poser des questions.

Si rien ne vous gêne dans votre environnement, si rien ne vous pose question ou ne vous choque, pourquoi agiriez-vous ? Nous agissons toujours dans notre intérêt personnel et c’est bien normal. Néanmoins, la beauté de l’action pour l’environnement, c’est qu’elle rejoint l’intérêt général, l’intérêt que nous avons à tous vivre ensemble.

  1. Si je comprends bien, l’énergie, c’est la clé du fonctionnement de nos sociétés

Les années sont passées. J’ai continué à marcher et à faire du vélo et je n’appelais pas cela des éco-gestes alors, c’était uniquement pour le plaisir que marcher et faire du vélo me procurait. J’ai continué à trier mes déchets, plus ou moins bien comme tout le monde. J’ai continué à éteindre les lumières des pièces quand j’en sortais, plus ou moins bien comme tout le monde.

J’ai fini mes études et ma première expérience professionnelle ne m’a pas convenu. J’ai alors décidé de monter mon entreprise et de me spécialiser dans la rédaction de compte-rendus, des comptes-rendus de tout : de comités d’entreprises, de réunions dans des collectivités et de conférences d’une petite entreprise spécialisée dans l’animation de réseaux de professionnels travaillant dans le développement durable.

Lors de ces conférences, j’ai découvert et appris un très grand nombre de choses concernant l’énergie. J’ai appris que l’énergie abondante et peu chère avait permis de construire nos sociétés telles qu’elles sont actuellement. J’ai pris conscience que toute la production de richesse actuelle est basée sur cette énergie abondante et peu chère.

Vous lisez cet article sur  un ordinateur qui fonctionne avec de l’électricité, que vous payez (pour l’instant), relativement peu cher. Et chez vous ou dans votre bureau, afin de lire cet article au chaud et donc confortablement, vous vous chauffez certainement avec du gaz, du fioul ou de l’électricité. Enfin, lire vous a donné faim et vous allez chercher quelque chose à manger dans le frigidaire, vous le faites réchauffer aux micro-ondes ou sur des plaques électriques ou à gaz.

Ecology icon. Ecological icons. Vector Illustration. EPS10

Vous mangez que vous avez certainement acheté dans un supermarché et là, je vous laisse visualiser ces allées entières de produits laitiers conservés dans des espaces réfrigérés SANS PORTES.

Et c’est alors qu’il est porté à mon attention que les énergies fossiles ne sont pas inépuisables et qu’en plus, quand on les brûle, elles polluent et détériorent notre santé. Et en plus j’ai des amis qui se convertis au bio-je-ne-sais-pas-quoi et qui me bassinent avec leur truc depuis longtemps, mais ça commence à m’intéresser. Hum. Je sens qu’il y a besoin et comme une urgence à faire quelque chose dans le domaine.

Cela m’a donné envie de changer de travail et de m’impliquer, de monter des projets, de faire partie d’une équipe, de travailler en réseau. Et c’est là qu’il m’est donné l’opportunité de travailler à l’Agence locale de l’énergie et du climat de l’Eure, l’ALEC 27, en tant que chargée de mission éducation à l’énergie et au climat.

  1. Et donc, pour changer, comment ça se passe ?

A l’ALEC, tout d’un coup, je suis submergée d’informations. En fait, l’énergie, c’est vaste, il y a beaucoup de choses à apprendre. Et en fait, les éco-gestes, on peut en faire tout le temps. Je lis, j’observe, j’écoute des vidéos, j’échange avec mes collègues, je lis encore et encore, des sites Internet, des brochures de l’ADEME, des livres spécialisés, des revues.

J’apprends toutes les alternatives qui existent aux modes de consommation ‘habituels’. J’apprends à hiérarchiser les actions selon leur pertinence et leur efficacité. Je m’inscris dans le défi ‘famille à énergie positive’ et je commence à m’intéresser à mes consommations énergétiques et la façon dont les réduire.

C’est le temps du début des actions.

A la maison, j’éteins toutes les lumières dès que je quitte une pièce. Je baisse le chauffage pendant  mes absences. Pendant longtemps, je ne fais que ces deux éco-gestes. Heureusement, mon mari n’est pasp1180439 réticent. Pour être honnête, il n’est pas non plus totalement proactif, mais il ne s’oppose pas à l’idée de faire attention, donc je n’ai pas de combat à mener en interne. Je dois seulement faire attention et changer mes habitudes, et cela, ce n’est pas facile.

Une fois que les actions sont lancées, l’objectif est de conserver ces habitudes sur le long terme et d’en tester de nouvelles afin de faire de plus en plus d’actions. Et cela non plus, ce n’est pas facile.

La suite est dans l’épisode 2.

 

crédits photographiques :

Ecology icon. Ecological icons. Vector Illustration. EPS10

ALEC 27

9 décembre 2016
2 Commentaires/par
2 réponses
  1. Fagoo Bernard
    Fagoo Bernard dit :

    Bonjour,
    Bien écris et je partage votre réflexion et surtout les petits gestes pour gérer au mieux les consommations énergétiques.
    Lorsque je marche , je pense à prendre un sac pour ramasser les incivilités et j’ai plaisir a trier ce qui se recycle (Bouteilles verre et plastiques et canettes alu)

    • LEOSTIC Nolwenn
      LEOSTIC Nolwenn dit :

      Bonjour,

      Merci beaucoup pour votre commentaire encourageant. Je pense que de nombreuses personnes comme vous partagent des préoccupations environnementales. Il est parfois difficile de trouver des témoignages ou des groupes où partager sur les sujets, c’est pourquoi je témoigne pour expliquer ce que j’ai fait et vécu car le changement et l’action ne sont ni faciles ni linéaires.
      Un des plus grands risques, à mon sens, est de se sentir isolé dans ses démarches, de se décourager et de se lasser, en se disant qu’on fait à la place des autres et que son action ‘ne sert à rien’.
      Je vous invite à partager votre intérêt et votre action avec vos voisins ou des amis, au même titre qu’une excellente initiative prise par des jeunes à Vernon : http://www.vernon-direct.fr/des-citoyens-engages-pour-la-proprete-de-la-ville/
      Aucun geste n’est petit quand on est 60 millions à les faire, ou même quelque centaines de personnes et même quelques dizaines de personnes. Je vous souhaite une excellente continuation dans tout ce que vous entreprenez!

      Nolwenn Leostic

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