L’expérimentation d’une construction performance E+/C- : une opportunité pour les collectivités

Cet article, à destination des maîtres d’ouvrage publics, explique ce nouveau label E+/C- et les choix pour les bâtiments communaux de demain…

Le référentiel E+/C- (pour Énergie plus et Carbone moins)

Cette expérimentation prépare la future réglementation environnementale qui remplacera la réglementation en vigueur (RT 2012).

Pourquoi ?

L’enjeu est de limiter les gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement climatique. Collectivement nous avons l’objectif de limiter à 1,5°C l’augmentation de la température. Les bâtiments représentent la plus forte empreinte carbone devant les transports :

Crédit photo : plan Bâtiment Durable

Et même à l’échelle de l’ensemble des bâtiments (logements + tertiaire), ce pourcentage passe à 40 % !

Quelle est la méthode ?

Le principal apport de ce label est de pouvoir expérimenter le référentiel qui préfigure la future réglementation des bâtiments neufs et d’intégrer de nouveaux indicateurs comme le bilan BEPOS et l’évaluation de l’empreinte carbone du bâtiment.

Les objectifs en matière énergétique sont triples :

  • progresser plus sur la performance énergétique (réduit la consommation d’énergie non renouvelable, embarque des systèmes performants)
  • développer les énergies renouvelables et la production locale
  • élargir les usages de l’énergie considérée :
Crédit photo : Cerema

Sur le volet Carbone, l’objectif est de réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre sur l’ensemble du cycle de vie. Ce niveau requiert pour la maîtrise d’œuvre de nombreuses informations sur la construction et l’exploitation du bâtiment.

Crédit photo : Ministère du Logement – 2016

Les niveaux des performances d’un bâtiment neuf sont caractérisés par :

  • Un niveau « Énergie » basé sur l’indicateur Bilan BEPOS,
  • Un niveau « Carbone » basé sur :
    • Eges : Indicateur des émissions de Gaz à Effet de Serre sur l’ensemble du cycle de vie
    • Eges PCE : Indicateur des émissions de Gaz à Effet de Serre de produits de construction et des équipements utilisés
 

Zoom sur les niveaux énergétiques

Crédit photo : plan bâtiment durable

Le nouvel indicateur « Bilan Bepos » (Bilan énergétique du bâtiment à énergie positive) correspond à cette formule :

Crédit photo : plan bâtiment durable

La capacité du bâtiment à consommer l’énergie qu’il produit est ainsi prise en compte.

Zoom sur les niveaux Carbone

Crédit photo : mallette pédagogique programme PACTE

Pour la performance environnementale, la nouveauté repose sur une analyse du cycle de vie qui portera sur un calcul des émissions de gaz à effet de serre d’une part sur la totalité du bâtiment, et d’autre part sur l’ensemble des produits de construction et des équipements du bâtiment.

Crédit photo : plan bâtiment durable

Deux niveaux maximaux Carbone 1 et Carbone 2 sur une durée de vie de 50 ans (kg éqCO2/m²SDP) ont été retenus par les pouvoirs publics.

 

Démarche pour l’obtention du label

2 formes de valorisation de l’expérimentation ont été retenues :

  • via l’Observatoire : le maître d’ouvrage doit documenter son opération sur les volets Environnement, Économie et énergétique,
  • le maître d’ouvrage souhaite valoriser son projet via le label.

 

L’obtention du label n’est pas obligatoire dans le cadre de l’expérimentation. Ce label permet aux collectivités de valoriser leurs démarches exemplaires.

Un label E+C- peut être demandé auprès des certificateurs et attribué aux bâtiments pionniers qui atteignent des niveaux de performance minima définis dans le référentiel, pour valoriser les démarches exemplaires de porteurs de projets ambitieux.

Les certificateurs sont CERTIVEA pour les bâtiments tertiaires et pour les logements collectifs CERQUAL, Qualitel Certification ou Promotelec.

Ce label est repris par 3 associations qui développent des labels :

 

Pour la commune : être précurseur et pouvoir se poser les bonnes questions pour l’opération

Quelques données sur le patrimoine communal…

Lors du projet, le maître d’ouvrage aborde son projet en coût d’investissement. Pourtant, derrière cet iceberg se cache un coût beaucoup plus important appelé coût global :

coût global = coût d’investissement + coûts de maintenance + coûts des énergies en phase d’exploitation + coûts liés aux émissions carbone

Le rapport de l’Inspection Générale des Finances (IGF) précise que l’évaluation préalable des projets d’équipements nouveaux est nécessaire puisqu’ils ont un effet d’entraînement fort sur les dépenses de fonctionnement des collectivités :

« D’après des modélisations économiques, pour un nouvel investissement de 100 €, une collectivité territoriale doit supporter en moyenne un surcoût annuel en termes de dépenses de fonctionnement de 14 €.

Les dépenses de fonctionnement courant associées au patrimoine sont évaluées à 28 Mds€, dont la moitié de masse salariale affectée à la gestion et l’entretien du patrimoine. »

C’est pourquoi il est important de bien réfléchir sur les performances à donner au projet et de penser en coût global (études, réalisation, exploitation, entretien) :

Crédit photo : BET ADRET – ENVIROBAT

Le référentiel E+ / C- permet de répondre à ces enjeux de construction durable.

Pour aller plus loin : « Pourquoi E+C- concerne les acteurs de la construction ? »

Se poser les bonnes questions :

1.Faut-il construire ou réhabiliter ?

Nouvel ouvrage à entretenir ou réhabilitation (cf paragraphe ci-dessus)

2.Quel est l’usage ?

Préciser la fréquence et les périodes d’occupation dans l’année, semaine, journée..

Quelles vont être les surfaces nécessaires (parking…) ?

Des espaces peuvent-ils être mutualisés ?

3. Une approche pluridisciplinaire de professionnels éclairés

Veiller à retenir une équipe de maîtrise d’œuvre intégrant une réponse prenant en compte le référentiel E+/C- : notamment sur la méthode développée sur le carbone.

Intégrer l’évaluation environnementale via une évaluation en amont : phase Avant-Projet Sommaire (APS) ou Définitif (APD)

Faut-il une assistance à maîtrise d’ouvrage pour définir les besoins spécifiques liés au projet et inscrire les exigences économiques, énergétiques et environnementales du projet ?

4. Qualifier l’environnement du projet avec les professionnels

Où s’implanter ?

Quelle est la nature du sol ? Quels sont les végétaux présents ?

Quelles sont les atouts/ressources de l’environnement immédiat du projet ?

Quels sont les réseaux à proximité ?

 

Guide AQC « Un projet de construction : posez-vous les bonnes questions ! »

Aides spécifiques de la région

La Région accorde des aides spécifiques pour l’atteinte des niveaux des trois nouveaux labels d’Effinergie et BBCA :

Résumé des 3 labels :

  • BBC Effinergie 2017 avec un pré-requis E2/C1
  • BEPOS Effinergie  2017  avec  un  pré-requis  E3/C1  et  la  condition  que  le  bâtiment  produise  de l’énergie renouvelable
  • BEPOS+ Effinergie  2017  avec  un  pré-requis  E4/C1  et  la  condition  que le  bâtiment  produise  de l’énergie renouvelable

Conditions pour l’octroi d’une aide de 40 €/m² SDP (Surface de Plancher) :

Conditions pour l’octroi d’une aide (plafond de 250 000 €) de 80 €/m² SDP (Surface de Plancher) :

 

Une idée reçue sur le surcoût : exemple d’un projet de bureaux niveau Energie 4 et Carbone 2 avec un coût constaté inférieur!

Livré en août 2016, ce bâtiment de 620 m² utiles a été conçu avec les caractéristiques suivantes :

-sans installation de chauffage fixe, ventilation double flux décentralisée

-à énergie positive tous usages confondus (le photovoltaïque produit 5 fois plus que la consommation totale) et avec une maîtrise de la consommation d’électricité (éclairage à 2 W/m², informatique basse consommation…)

-forte isolation avec une construction bois-paille, une inertie apportée par la terre crue (plutôt que le béton) et un soin apporté au niveau de la qualité de l’air intérieur (matériaux sains…)

Le coût du projet était fixé à 1 200 € HT/m² SHON et le coût constaté est de 1 120 € HT/m² SHON (hors VRD).

Ce bâtiment tertiaire de niveau Energie 4 et Carbone 2 a donc été réalisé sans surcoût par rapport aux bâtiments de bureaux construits au niveau actuel d’exigence de la règlementation (RT 2012).

Crédit photo Enertech

Pour en savoir plus : http://leblog.enertech.fr/nos-bureaux/une-conception-optimisee

 

En résumé…

L’expérimentation E+/C- se situe dans le fait de combiner les dimensions énergétiques, environnementales et économiques du projet.

Pour en savoir plus : http://www.planbatimentdurable.fr/experimenter-la-future-reglementation-le-label-e-c-r222.html

27 août 2018
par