L’isolation phonique dans l’habitat : le mur du son, des murs, des sons …

Une étude menée en 2005 montre que 79 % des Français interrogés considèrent que le bruit est la nuisance la plus importante dans leur quotidien et une autre étude datant de 2010 révèle que 66 % des Français souffrent de nuisances sonores à leur domicile. Bien sûr ces chiffres sont à modérer selon l’environnement, en effet, les personnes vivant en milieu urbain sont plus sujettes aux nuisances sonores que celles vivant en milieu rural.

Dans notre vie moderne nous sommes entourés d’appareils, de machines, de dispositifs émettant des sons. La cumulation de tous ces sons constitue le bruit. Une des pollutions modernes est bien le bruit. Les êtres humains, tout comme les animaux, ne peuvent pas mettre leur écoute en veille, même la nuit, quand on dort, on entend les bruits de notre entourage ce qui nécessite un traitement des données constant par notre cerveau.  Une surexposition au bruit perturbe donc notre sommeil et notre concentration et peut provoquer de réelles pathologies.

Alors, quelle est la différence entre le bruit et le son ?

Le son est une vibration de l’air. La sensibilité à cette vibration par l’oreille en fait, pour les êtres humains comme pour les animaux, un moyen de reconnaissance de notre environnement ouvrant la possibilité de la communication à distance, de la parole et de la musique. Le bruit est un ensemble de sons produits par des vibrations. Cet ensemble étant perçu comme sans harmonie, par opposition à la musique, en fait une nuisance. La pollution sonore se caractérise par des phénomènes acoustiques (ou bruits) ayant des conséquences sur la santé des personnes, de la gêne momentanée à des troubles plus graves. On considère comme indésirables les sons qui perturbent l’écoute de l’environnement ou de la communication, et on les appelle « bruits ». Par métonymie, on décrit un son comme un bruit chaque fois qu’on le ressent comme désagréable, même s’il remplit une fonction de communication.

Le son est donc une vibration traversant l’air, transmis à des objets solides et pouvant les traverser. Le bruit est constitué d’une multitude de vibrations qui traversent de façon aléatoire les différents matériaux. Les différentes hauteurs de son sont appelées des fréquences, exprimées en Hertz. L’oreille humaine ne distingue pas toutes les fréquences, notamment les infrasons (des sons très graves) et les ultrasons (les sons très aigus). La puissance d’un son est exprimée en Décibels (dB). Ainsi, un bruit jusqu’à 20 dB est perçu comme le silence, un bruit de 120 dB équivaut à un concert de rock ou à une voiture de course.

C’est bien tout ça, mais comment s’isoler du bruit ? 

 Il faut en premier lieu distinguer différentes façons de propagation des bruits ; les bruits d’impacts ou solidiens et les bruits aériens. Les deux nuisances ne se traitent pas de la même façon.

Les bruits aériens

Ce sont des bruits propagés dans l’air. Dans la maison les ondes passent par les ouvertures et les interstices dans les différents composants du bâti, les ouvertures laissées autour des passages des gaines et des réseaux …

Le principe de base est de faire un écran entre la source sonore et le récepteur, matérialisé par les murs, la toiture et les fenêtres de votre maison. Comme vous ne pouvez pas remplacer les murs ni la toiture de la maison, on intervient d’abord sur les fenêtres. Les fenêtres à double vitrage asymétriques, c’est-à-dire avec deux épaisseurs différentes des vitres, installées en déposant entièrement le vieux bâti de fenêtre, sont les plus performants. Il faut bien soigner le joint d’étanchéité entre la maçonnerie et le bâti pour supprimer les « ponts phoniques ». Bien entendu, il faut laisser ouvertes les grilles d’aération sur les menuiseries et éventuellement les remplacer par des entrées d’air « acoustiques ».

Sur les murs vous vérifierez d’abord qu’il n’y ait pas de fissures ou des passages d’air entre les différents composants des murs ; entre colombages et remplissage, par exemple. Ensuite, vous appliquerez le principe de « masse, ressort, masse » pour choisir les composants. En effet, comme le bruit est une multitude de sons de fréquences variées, l’isolation phonique sera meilleure si vous multipliez les couches de matières en jouant sur les épaisseurs et les densités. Ici également, il faut veiller à supprimer les « ponts phoniques » en soignant l’étanchéité à l’air de l’ensemble.

Pour une cloison entre deux chambres, vous privilégieriez une ossature en bois, entourée d’une bande de liège sur toutes ses surfaces de contact avec le bâti autour, remplie avec un isolant de densité moyenne, par exemple des panneaux en ouate de cellulose, une couche de liège peu épaisse d’un côté et avec une finition en panneaux de gypse/cellulose ou de bois de chaque côté. Plus vous soignez les joints entre les différents panneaux, plus votre isolation sera efficace.

Rouleau de liège

Pour l’isolation phonique de la toiture, le sarking reste la meilleure solution (technique consistant à isoler par-dessus la charpente, assurant ainsi une étanchéité à l’air parfaite) jointe à un traitement particulièrement soigné de la jonction entre la maçonnerie et l’isolant. Cette technique demande bien entendu la réfection de la couverture, elle est donc coûteuse et reste, pour l’isolation phonique, à réserver à des cas extrêmes.

On ne doit pas confondre isolation phonique avec isolation thermique, bien que cette dernière améliore généralement les problèmes d’acoustique venant de l’extérieur dans votre logement.

Les bruits d’impact

Ces bruits se caractérisent par une transmission d’un bruit d’une matière à l’autre. Il s’agit de vibrations, tel le jeu du « téléphone » de notre enfance, avec des pots de yaourt reliés par une ficelle tendue.

Imaginez que quelqu’un fait rouler une bille sur un parquet en bois à l’étage au-dessus de vous. S’il n’y a pas d’isolation phonique, vous pouvez suivre la bille à l’oreille, comme si vous la voyiez.  C’est le « bruit qui court ». Si vous avez en-dessous du plancher simplement un plafond en plâtre, l’espace vide entre les solives devient en plus une caisse de résonance, amplifiant les sons. Si vous remplissez cet espace vide par un isolant, vous allez diminuer l’effet de la caisse de résonance mais avec peu d’effet sur le bruit d’impact qui se transmet de matériau solide à matériau solide.

Pour améliorer sensiblement l’effet des bruits d’impact, il est plus efficace de poser un isolant rigide sur l’ancien plancher, de poser sur cet isolant des lambourdes, sans les fixer, et de clouer sur ces lambourdes, sans les traverser, le nouveau plancher. Bien entendu, vous pouvez également poser directement un plancher flottant sur l’isolant. Le plus important étant de respecter, une fois de plus, le principe de « masse, ressort, masse » et de veiller à limiter le nombre de fixations car chaque clou, chaque vis, devient un pont phonique.

Les bruits de voisinage

Il est plus difficile d’isoler phoniquement entre deux habitations mitoyennes, surtout dans les modes constructifs anciens, puisque vous ne pouvez pas intervenir chez vos voisins. Une première mesure ayant fait ses preuves, est d’aller discuter avec vos voisins pour diagnostiquer ensemble les sources des nuisances. Si vous entendez la chaîne hifi de vos voisins, il est fort probable qu’eux aussi, entendent la vôtre. Cherchez ensemble des solutions dans le respect de la vie privée de chacun. Il est toujours préférable de limiter une nuisance à sa source et donc d’investir dans des appareils silencieux et de limiter l’usage des autres au strict nécessaire. Évitez de placer des appareils bruyants contre les parois mitoyennes. Vous pouvez également trouver des solutions comme des tapis phoniques ou des bouchons anti-vibratiles.

Ensuite, cherchez au niveau des planchers et au grenier s’il y a des ponts phoniques que vous pouvez obturez facilement et à moindre frais. En dernier lieu, vous appliquerez les conseils indiqués auparavant, c’est-à-dire un doublage des murs mitoyens avec le principe de masse-ressort-masse, en prenant soin de limiter les points de contact entre la structure rapportée et la structure existante.

Le cas des logements collectifs

De plus en plus de logements collectifs construits avant 1980 font peau neuve avec une isolation thermique par l’extérieur. Cette isolation diminue également les nuisances sonores venant de l’extérieur dans les milieux urbains ou dans les zones de bruit (aéroport, réseaux ferroviaire et routier). Comme les résidents de ces immeubles ne sont plus perturbés par les bruits venant de l’extérieur, les bruits venant de l’intérieur se trouvent comme amplifiés et on a constaté qu’il y avait une augmentation des plaintes de voisinage considérable dans ces immeubles.

Les constructions récentes n’ont pas cet inconvénient puisqu’elles doivent répondre à des normes plus strictes d’isolation entre les différents logements et les locaux communs.

Conclusion

Comme nous venons de le voir, s’isoler du bruit n’est pas une mince affaire, la tolérance au bruit étant une affaire personnelle avant tout ; ce qui horripile l’un fait juste sourire l’autre et encore, ce que l’on supporte à un certain moment de la journée devient insupportable à un autre moment. Votre enfant s’amuse avec l’aspirateur ? Cela vous fait sourire. L’enfant des voisins s’amuse avec l’aspirateur ? Vous êtes outré ! Des personnes peuvent aussi avoir une hypersensibilité à certaines fréquences. Pour concevoir une isolation phonique performante, qui résout vraiment votre cas particulier, il est préférable de faire appel à un professionnel, un acousticien, avant une intervention d’amateur qui peut, dans certains cas, aggraver le problème.

Sources :

  • – Isoler son logement du bruit – Guide de l’ADEME
  • – L’isolation phonique écologique par Jean-Louis Beaumier aux Editions Terre vivante, disponible dans la bibliothèque de l’ALEC27 pour les adhérents.

Crédit photo: Adobe stock


11 février 2019
2 Commentaires/par
2 réponses
  1. EIE Toulouse Métropole
    EIE Toulouse Métropole dit :

    Bonjour,

    Chargé d’accompagner les copropriétés dans leurs projets de rénovations énergétiques sur le territoire de la Métropole Toulousaine je suis souvent interpelé sur le risque de l’amplification du bruit suite à la mise en place d’une ITE. En interrogeant les occupants suite aux travaux, je suis forcé de constater que cette amplification des gênes sonores des bruits intérieurs n’est pas toujours constatée ou assez forte pour être considérée comme une augmentation du bruit.
    Dans votre article vous notez: « on a constaté qu’il y avait une augmentation des plaintes de voisinage considérable dans ces immeubles ». Disposez vous de statistiques nationales? Ou il s’agit seulement d’un retour d’expérience?
    Merci

    • Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie
      Yoanna MANSVELT, Conseillère Info-Energie dit :

      Bonjour,
      Merci pour votre lecture et commentaire. Pour l’article je me suis appuyé sur divers documents à ma disposition (voir les sources en bas de l’article), sur une formation reçue et également sur un retour d’expérience. Après avoir été interpellée sur les nuisances sonores dans des copropriétés je me suis documentée sur le phénomène.
      Le mode de construction joue également sur ces nuisances. Je pense qu’il est important d’être au courant que le phénomène existe pour ne pas être pris au dépourvu. On peut d’ailleurs rencontrer le même problème lors de l’isolation d’une maison individuelle.

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