“On n’entend plus les oiseaux” : la biodiversité menacée

Les rapports se succèdent et font le même état des lieux : la biodiversité s’effondre partout dans le monde. Déjà en 1962, la biologiste Rachel Carson évoquait le « printemps silencieux » qui régnait dans les territoires américains sans le chant des oiseaux, victimes, avec d’autres espèces vivantes, du DDT et de la pollution. Aujourd’hui, dans le monde, ce sont plus de 8500 espèces qui sont sur la liste rouge des espèces en voie de disparition d’après l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Des experts ont récemment indiqué que la moitié des espèces vivantes pourraient disparaitre d’ici un siècle si le rythme d’extinction actuel se poursuit.

Qu’est-ce que la biodiversité ?

La biodiversité, c’est l’ensemble des êtres vivants de notre planète, soit les micro-organismes, les plantes, les champignons et les animaux. Elle est constituée d’une diversité des milieux de vie, d’une diversité des espèces, d’une diversité des individus dans chaque espèce. Or, cette biodiversité est bien ce qui nous permet de vivre, car elle nous rend de nombreux services, comme la production d’oxygène et de nourriture, de quoi nous construire un habitat, la production de molécules qui servent à nous soigner, etc. L’érosion de la biodiversité constitue donc une menace pour l’humanité, bien qu’elle en soit pleinement responsable.

C’est grave, docteur ?

Même si de nouvelles espèces sont répertoriées tous les jours, les études montrent de façon évidente un effondrement de la biodiversité partout dans le monde. Actuellement en France, 26 % des espèces évaluées sont éteintes ou menacées, avec un risque plus élevé dans les outre-mer insulaires (39%) qu’en métropole (22%). Par exemple, 38% des chauves-souris ont disparu en métropole entre 2006 et 2016, souffrant de diverses pressions exercées par l’espèce humaine. De la même façon, 22 % des oiseaux communs spécialistes (c’est-à-dire inféodés à un habitat particulier, comme forestier ou agricole) ont disparu de métropole entre 1989 et 2017.

Dans l’ex Haute-Normandie, l’observatoire de la biodiversité met par exemple en avant la situation des oiseaux nicheurs : 153 espèces ont été répertoriées, mais 60 sont menacées et 29 ont déjà disparu. Pour la biodiversité aquatique, il estime que 31% des espèces autochtones de poissons d’eau douce sont menacées d’extinction.

L’indice Planète Vivante du WWF vise à donner une indication de l’état de la biodiversité au niveau mondial en suivant l’abondance de populations de mammifères, de poissons, de reptiles ou encore d’oiseaux. L’indice montre qu’entre 1970 et 2014, les effectifs de populations de vertébrés sauvages ont diminué pour au moins la moitié d’entre elles.

Comment en est-on arrivé là ?

Des études au niveau mondial et le rapport Planète Vivante du WWF montrent que les principales causes de l’érosion rapide de la biodiversité sont la surexploitation des milieux naturels et l’agriculture. En fonction des territoires et des espèces, de nombreux facteurs peuvent jouer, la plupart étant en lien avec les activités humaines.

L’artificialisation des sols contribue à détruire, fragmenter ou abimer des milieux naturels pour y installer des logements, des zones d’activités ou commerciales. En France, on dit qu’un l’équivalent de la surface d’un département disparait sous le béton tous les dix ans. En lien avec cette artificialisation, l’installation d’infrastructures routières, d’un éclairage nocturne ou le bruit de nos activités peuvent contribuer à endommager les espaces de vie ou de passage des autres espèces vivantes.

Les produits phytosanitaires sont aussi souvent cités comme une cause de l’effondrement de la biodiversité. On parle ici de pesticides utilisés en culture ou dans les espaces publics comme les herbicides, les fongicides, les insecticides. Ils se diffusent dans l’air, l’eau, les sols et dans la chaîne alimentaire et ont de nombreux effets sur le vivant : intoxication, effets sur la reproduction ou sur le comportement, réduction de l’offre de nourriture, etc. Pourtant, la vente de produits phytosanitaires a encore augmenté entre 2014 et 2016. Depuis début 2019, ces produits sont interdits à l’utilisation dans les jardins des particuliers.

D’autres éléments peuvent aussi entrer en jeu : l’installation d’espèces exotiques envahissantes, les déchets plastiques qui colonisent les sols et les océans, la pollution de l’eau, le braconnage pour certaines espèces, etc.

Le changement climatique commence à devenir un élément explicatif de plus. Par exemple, la diminution du gel a un effet sur la période de dormance des espèces et donc sur leur reproduction. Des écosystèmes sont perturbés par le changement de climat, par des évènements météorologiques ou des catastrophes naturelles. Si elles ne parviennent pas à s’adapter, des espèces seront menacées et pourront disparaitre à cause de ce réchauffement climatique

Que faire pour la biodiversité dans nos territoires ?

Des programmes sont lancés partout dans le monde pour protéger et conserver des espèces menacées, comme les emblématiques rhinocéros ou pandas. Mais près de chez nous, il est aussi possible d’agir pour la biodiversité.

Dans les collectivités territoriales, de nombreux exemples montrent qu’il est possible de protéger le vivant. Des territoires ont fait faire un atlas de la biodiversité communale, qui permet de disposer d’un inventaire et d’une cartographie de la faune et de la flore présentes au niveau local, afin de sensibiliser les habitants et de faciliter leurs prises en compte au quotidien. Si des aires protégées existent au niveau national ou international, il est possible de créer des réserves naturelles dans une commune afin de créer ou protéger des écosystèmes. Planter des haies bocagères est aussi une façon de mettre en place un habitat pour de nombreuses espèces animales ou végétales. Certaines communes ont mis en place une démarche  « zéro phyto » depuis de nombreuses années afin de réduire ou supprimer l’usage de pesticides dans les lieux publics. Des villes, des associations ou des particuliers mettent aussi en place des espaces de maraichage biologique, des jardins populaires, des vergers ou des ruchers, que ce soit en ville ou à la campagne.

Au niveau individuel, si l’on a un jardin, pourquoi ne pas mettre en place un parterre de fleurs ou une prairie fleurie à place du gazon ? On peut aussi planter des arbres, des haies ou d’autres plantes, à condition que ce soit des espèces locales et non invasives. Si on habite en ville, on peut participer à des démarches d’agriculture urbaine (comme celles des Incroyables Comestibles, qui existent un peu partout sur le territoire) ou mettre des fleurs à ses fenêtres ou à son balcon. Enfin, faire attention à sa consommation permettra aussi de ne pas soutenir certaines mauvaises pratiques (alimentaires, vestimentaires, etc.) qui pourraient contribuer à polluer les espaces naturels, à la déforestation ou à la disparition de certaines espèces.

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Crédit photo: Adobe Stock

11 avril 2019
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