Rezo Pouce, une solution d’autostop de proximité

Lors de l’atelier de l’ALEC 27 consacré à la mobilité durable dans les territoires ruraux et périurbains, Alain Jean, créateur du Rezo Pouce, est venu nous parler du fonctionnement de ce système d’autostop de proximité. L’initiative est née à Moissac, une petite ville du Tarn et Garonne en 2010. A la demande d’habitants qui souhaitaient la mise en place d’une solution de mobilité pour ceux qui n’ont pas de voiture ou pour les jeunes, les élus ont décidé de réhabiliter l’autostop. Si les systèmes de covoiturage se sont déployés ces dernières années, l’offre est plutôt positionnée sur de longs trajets, de plus de 100 kilomètres. Pourtant, 75% des trajets font moins de 10 kilomètres et beaucoup de déplacements ont la même commune de destination.

Rezo Pouce s’appuie sur un système très simple : des arrêts d’autostop matérialisés par des panneaux disséminés dans le territoire, où l’autostoppeur présente une pancarte avec sa destination. Pour sécuriser la démarche, les participants (conducteurs et autostoppeurs) doivent adhérer à l’association, signer une charte et présenter une carte d’identité. Ils reçoivent une carte de membre à se présenter mutuellement avant chaque trajet et un macaron à mettre sur la voiture. L’inscription est gratuite, une participation financière est possible si on effectue souvent le même trajet avec la même personne.

Ce réseau d’autostop de proximité s’est étendu petit à petit dans les départements du Tarn et Garonne et de la Haute Garonne. En 2015, ce sont 150 communes qui adhéraient à la démarche, et face aux demandes de duplication dans d’autres territoires, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a été créée, avec la fondation Macif et le groupe Transdev au capital. Son but est d’étendre le principe du Rezo Pouce en France et de développer l’offre autour de cette solution de mobilité.

Le système d’autostop se positionne en complément du système de transport existant. Un livret présentant les différents modes de transport disponibles sur le territoire (trains, bus, location de vélo, etc.) est donné à chaque adhérent. Lors de l’atelier, M. Jean a mis l’accent sur la nécessité d’animer un tel réseau d’autostop, au début pour présenter le système aux habitants, mais aussi après pour continuer de recruter de nouveaux utilisateurs, l’étendre à d’autres communes, aux entreprises ou aux collectivités du territoire.

Pour répondre aux demandes des territoires ayant adopté le système, plusieurs éléments ont été ajoutés à l’offre pour répondre à des demandes spécifiques. Une application sur smartphone permet de demander un trajet auquel des conducteurs peuvent décider de répondre en se présentant à l’arrêt de stop. Aussi, une plateforme pour les séniors sera bientôt en fonctionnement dans certains territoires, afin d’identifier un conducteur volontaire pouvant répondre à un besoin de déplacement d’une personne âgée. Enfin, une déclinaison destinée aux entreprises est en développement pour mettre en relation des personnes qui travaillent sur un même territoire et leur permettre de partager un trajet domicile-travail.

Qui utilise ce Rézo Pouce ? Les conducteurs sont plutôt des personnes attachées à la solidarité et voulant rendre un service. Les passagers sont des jeunes de 16-25 ans, des personnes précaires ou des femmes qui n’ont pas de véhicule. L’intérêt de ce système, selon Alain Jean, est de créer du lien social dans le territoire mais aussi de désenclaver les zones rurales et d’ancrer une culture du partage de la voiture. Aujourd’hui, ce sont plus de 1300 communes qui ont mis en place ce système, et ce chiffre pourrait monter à 2000 en 2019 après l’adhésion de départements entiers à la démarche.

Dans un département comme celui de l’Eure, où certaines personnes connaissent des difficultés de déplacement, un tel système d’autostop pourrait venir renforcer l’offre de mobilité de proximité et insuffler une culture de la mobilité partagée et durable.

Plus d’informations sur le site internet de Rezo Pouce.

Crédit images : Rézo Pouce

 

 

29 août 2018
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