En route vers la Loi d’orientation des mobilités

« Le combat que je souhaite engager pour les années à venir, c’est celui des transports du quotidien. La réponse aux défis de notre territoire n’est pas aujourd’hui d’aller promettre des TGV ou des aéroports de proximité à tous les chefs-lieux de département de France… Ce qu’il nous faut penser, c’est autre chose pour demain ; ce sont les investissements pour ces nouvelles mobilités… »

Ainsi s’exprimait le Président de la République, Emmanuel MACRON, le 1er Juillet dernier à Rennes. Un discours qui n’a pas manqué d’attirer l’attention de milliers d’élus et d’habitants de province pour lesquels la résolution des problématiques de mobilité devient un véritable casse-tête. Comment résorber les phénomènes d’engorgement quotidiens des grandes villes de province ? Comment permettre aux habitants des zones rurales d’être autonomes sans être dépendants de la voiture individuelle ? Comment financer le développement des transports propres ? et bien entendu, quels choix d’aménagement pour sortir du « tout routier » ? Un sujet d’autant plus important que le secteur des transports est responsable de 28% de nos émissions de gaz à effet de serre (CITEPA, données 2014)

Afin de tenter de répondre à ces questions et moderniser notre politique des transports, les 1ères Assises nationales de la Mobilité ont été organisées du 19 septembre au 13 décembre. Les débats issus de ces Assises devraient permettre d’élaborer une Loi d’Orientation des Mobilités dont le contenu devrait nous être dévoilé en février 2018. Sur le terrain, les Assises de la Mobilité ont pris différentes formes permettant à un large panel d’acteurs de contribuer, depuis les territoires jusqu’à la capitale.

 La Méthode…

  • 3 mois de concertation
  • 64 ateliers territoriaux
  • 114 ateliers de l’innovation
  • 1 Conseil d’Orientation des Infrastructures, en charge de définir une stratégie et une programmation des actions à mener au cours des 10 prochaines années
  • 320 ateliers thématiques tentant de répondre à 6 enjeux prioritaires : quelles mobilités plus propres ? plus connectées ? plus sûres ? plus solidaires ? plus intermodales ? plus soutenables ?

Atelier territorial dans l’Eure…

Parmi ces ateliers territoriaux, l’ALEC 27 a eu la chance de participer à l’atelier organisé sur la Communauté de communes Roumois-Seine, et de co-animer avec la DREAL Normandie le groupe de travail dédié aux Mobilités plus propres. Très au fait de cette problématique, les participants ont rapidement su repositionner les enjeux, pointer les blocages, identifier les opportunités et formuler des propositions.

Le covoiturage se confirme être une solution adaptée aux actifs effectuant des déplacements quotidiens vers les bassins d’emplois de la Métropole Rouen Normandie et de la CODAH. Mais la création d’aires ne suffit pas. Son succès dépend aussi de l’animation et de la communication qui est réalisée autour du covoiturage, au moins dans les premiers temps.

Le véhicule électrique, disposant en apparence de toutes les vertus, présente aussi des faiblesses. Quelle est l’origine de l’électricité ? Fossile, fissile ou renouvelable ? Serons-nous en capacité de satisfaire la demande en métaux et terres rares nécessaires à la production de millions de batteries sachant que le cours du cuivre, du lithium, du graphite et du cobalt s’emballent déjà ? Pourrons-nous demain, alimenter nos véhicules à partir de l’énergie solaire ou éolienne produite à proximité ? En revanche, dans une dimension plus large de territoire en transition, le véhicule électrique pourrait être un excellent outil pour stocker l’électricité. Dans une technologie Smart Grid, la voiture électrique offrirait ainsi plus de flexibilité au système en rechargeant intelligemment, aux heures les plus creuses, et en réinjectant une partie de son énergie dans le réseau lorsque les besoins sont plus importants. C’est le concept Vehicle to Grid.

  La solution hydrogène est également une piste intéressante et le déploiement du programme EAS-HyMob par la Région Normandie arrive à point nommé. Mais pour le moment le bilan carbone global de la filière peut encore faire de grands progrès puisque l’hydrogène est majoritairement produit par électrolyse de l’eau via une électricité d’origine fossile (gaz, pétrole). Comme pour le véhicule électrique, l’amélioration du bilan environnemental du véhicule à hydrogène dépend étroitement du développement simultanée des énergies renouvelables électriques.

Le rail, sujet de prédilection des territoires ruraux . Au siècle de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique, pourquoi accordons nous si peu d’intérêt au ferroviaire ? Pourquoi continuer à investir tant dans le développement et l’entretien des infrastructures routières et si peu dans l’entretien et la réhabilitation du réseau ferré ? Un réseau qui, il y a 60 ans, desservait quotidiennement des milliers de bourgs et villages de campagne. Rien qu’en Normandie, on compte plus de 35 lignes disparues, désaffectées ou converties en voies vertes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lignes_ferroviaires_fran%C3%A7aises_d%C3%A9saffect%C3%A9es_ou_disparues#Voie_normale_11 . Les regards des élus ruraux se portent actuellement vers SNCF Réseau et vers la Région Normandie, devenue Autorité Organisatrice des Transports depuis la loi NOTRe, dans l’espoir que l’avenir du rail ne soit pas seulement destiné à offrir une haute qualité de services aux habitants des pôles urbains (Rouen, Caen, Le Havre, Cherbourg).

Et le transport des marchandises…

Tant sur la méthode que sur les résultats, ces Assises de la mobilité semblent avoir atteint leur objectif, à savoir, établir un bilan réaliste de la mobilité en France et mettre en lumière les propositions concrètes d’un large panel d’acteurs, dans le but d’alimenter le projet de Loi (2513 contributions versées sur la plateforme en ligne, 3200 participants aux ateliers, plus de 450 experts sollicités…). Un bémol toutefois : le moindre temps d’échange consacré aux alternatives au transport routier des marchandises. Là encore, le transport ferroviaire, et son allié le transport fluvial, ont de réelles opportunités à nous offrir. Rendez-vous dans 2 mois, pour prendre connaissance, ensemble, du projet de Loi d’orientation…

 

Pour lire en détail la synthèse des ateliers : https://www.assisesdelamobilite.gouv.fr/syntheses

20 décembre 2017
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