Valdallière : Recomposition du bocage et bois énergie en circuit court

Tout commence en 1995 quand un diagnostic territorial met en évidence la disparition des haies dont les conséquences (destruction identité paysagère, érosion, diminution de la biodiversité …)  sont préjudiciables aux agriculteurs et à la collectivité.

Consciente des enjeux, la communauté de communes de Vassy devenue la commune de Valdallière s’est lancée dans une politique de recomposition bocagère. Le programme est piloté par la commission agricole composée d’élus et non élus.

Aujourd’hui ce sont 200 km de haies qui ont été plantés sur des terrains agricoles soit environ 11 km/an.

Les éléments du succès

 Une animation de proximité

Afin de mener à bien le programme, la commune a recruté un technicien chargé de l’animation, de la conception et du suivi des opérations de plantation et de déchiquetage. Son action implique un dialogue avec les agriculteurs afin de vaincre les appréhensions et définir conjointement avec ces derniers, des plantations à effectuer afin de répondre aux attentes des exploitants.

Cette mission a été primordiale lors du lancement du programme afin d’entraîner un premier groupe d’agriculteurs. Leur satisfaction a progressivement convaincu d’autres exploitants de rejoindre la démarche.

Une production durable de bois-énergie comme levier de développement des haies

 

Dans le cadre du projet, la valorisation des haies en bois énergie a été identifiée comme moyen d’adhésion des agriculteurs au projet. Ainsi, une installation bois énergie de 200 kW a été construite afin de chauffer la piscine, la salle polyvalente et le gymnase. L’installation, adossée à une plateforme de stockage, consomme environ 200 tonnes de bois/an.

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La création de chaufferies bois est un préalable nécessaire au développement du bocage afin de produire du bois bocager. Au niveau de la collectivité, la présence d’un débouché (ou l’imminence de celui-ci) est nécessaire à la structuration d’une filière très locale. Afin d’être approvisionnée en bois local dès la mise en service, la commune a commencé l’animation de la filière 1 an avant la mise en service de la chaufferie. Toutefois, des structures départementales sont en mesure d’approvisionner une petite installation dès sa mise à feu ce qui laisse le temps à une filière très locale d’émerger.

Ensuite, la collectivité doit acheter le bois à un prix rémunérateur. Valdalliere achète le bois à 61.75 la tonne verte. Ce montant a été élaboré en collaboration avec des structures disposant d’un retour d’expérience dans le domaine (CUMA et Chambre d’Agriculture). Il intègre la rémunération du temps de travail de l’agriculteur et la location de matériel pour l’entretien des haies, l’abattage des arbres et le déchiquetage du bois. La qualité du combustible est contrôlée par le technicien de la collectivité.

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L’exploitation des haies se fait dans le cadre d’un plan de gestion. La quantité de bois prélevée lors de coupes à blanc, sur des rotations de 15 ans, correspond à l’accroissement biologique de la haie. Le capital boisé est ainsi préservé. Ces coupes permettent également le renouvellement de la haie qui est bénéfique. L’accroissement biologique des arbres stagne à partir d’un certain âge. Par ailleurs, la relative souplesse des jeunes arbres leur confère une plus grande résistance aux tempêtes. Le risque d’une destruction massive du bocage est ainsi réduit.

 

 

Le financement des collectivités.

 

La plantation des haies est confiée à l’association Rivières & Bocages, missionnée par la commune dans le cadre de marchés d’insertion. La commune prend en charge l’ensemble des coûts liés aux travaux (main d’œuvre, matériaux, engins).

La chaufferie (333 000 euros) et la plateforme de stockage (230 000 euros) ont bénéficié de subventions du Conseil Général du Calvados, du Conseil Régional de Basse-Normandie, de l’ADEME et de l’Europe (fonds FEDER) pour un taux global de subvention de 57%.

Un bilan économique positif.

Pour le chauffage des installations raccordées à la chaufferie bois, la commune consommait 71 000 litres de fioul.

Avec un combustible payé 100 euros la tonne sèche soit 27 euros le MWh, Le coût global (combustible, maintenance, gros entretien, financement des installations) de la solution bois est inférieur à celui du fioul.

En 2012, l’économie annuelle en coût global (annuité de remboursement des installations compris) était de 23 000 euros.

A cette économie s’ajoutent des impacts non économiquement quantifiables sur l’environnement comme la lutte contre l’érosion, la préservation de l’identité paysagère (capital culturel et touristique), la réduction des émissions de CO2. Pour cette installation, l’équivalent de 190 tonnes de CO2 n’est pas émis dans l’atmosphère soit 135 voitures retirées de la circulation (130g CO2/km et 10 000 km/an).

Une conception originale :

Afin de minimiser la manutention, le silo est intégré à la plateforme de stockage. Une pelle mécanique permet de charger directement le silo.

Crédit Photo: Fotolia - Delphotostock
20 octobre 2016
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