La vie d’après pour vos déchets : un enfouissement exemplaire en Pays du Roumois

Le Pays du Roumois a associé le Syndicat de Destruction des Ordures Ménagères (SDOMODE) dans le cadre de la Semaine Européenne du Développement Durable pour que ce dernier organise des visites du Centre de Traitement et de Valorisation énergétique (CETRAVAL) le samedi 4 juin 2016.

Sur 25 hectares de terre argileuse, à la sortie de Maleville-le-Bec, s’étend le centre d’enfouissement des déchets exemplaire sous bien des aspects. Le site comprend 44 casiers actifs, comprenez 44 gigantesques trous hermétiques remplis de déchets ménagers non dangereux. Le dernier casier encore à ciel ouvert peut contenir jusqu’à 200 000 m3 de déchets et est actuellement rempli aux trois-quarts de ses capacités. « Le casier sera complètement rempli dans un an et demi. Nous sommes en train de finaliser les démarches pour l’achat de 4 hectares supplémentaires afin de nous agrandir » explique Sébastien FABRE, le directeur du site.

« Lorsque le Syndicat a repris la gestion du site, nous avons cherché à nous ouvrir et à communiquer le plus largement possible. Nous sommes un service public : nous sommes donc payés par l’argent des contribuables. Nous ne pouvons pas faire de bénéfices et toutes les innovations exemplaires que nous mettons en place sur notre site ont pour vocation le respect de l’environnement et une diminution de la facture des ménages concernant leur taxe d’enlèvement des ordures ménagères », poursuit-il en introduction de la visite du site.

320 kilos de déchets par personne par an, soit 25 584 000 kilos  pour les 78 000 habitants du Pays du Roumois en 2015

Après avoir dépassé le pont-bascule équipé d’un portique permettant de détecter des déchets radioactifs et où les camions se pèsent pleins et à vide afin de pouvoir justifier au gramme près la quantité de déchets déposée dans le site (ensuite facturée aux habitants), le directeur du site et le directeur de la communication nous emmènent aux casiers.

« Nous ne pouvons pas dépasser 10 mètres de hauteur (au-dessus du sol) pour les casiers afin de rester intégrés dans le paysage. » explique M. FABRE. Ce samedi, le site est à l’arrêt et un tractopelle est resté garé dans le casier. Il sert à compacter les déchets : en l’absence d’oxygène, moins de risque d’incendie, pas de présence de rats et surtout gain de place pour pouvoir enfouir le maximum de déchets possibles. Des filets entourent le casier pour prévenir l’envol des déchets à l’air libre pour l’instant.

Nous sommes à quelques mètres du casier et pourtant nous ne percevons qu’une légère odeur. Le directeur du site explique qu’un système de soufflerie de molécules cassant les molécules responsables des mauvaises odeurs a été installé tout autour des casiers. Le système a coûté 80 000€ à l’installation mais coûte 160 000€ en fonctionnement.

A la surface du casier, nous observons des meubles, des matelas, du plastique… « Cela signifie que les Eurois ne trient pas très bien leurs poubelles », explique Olivier DELVALLEE, responsable communication du site, qui poursuit en ces termes : « Néanmoins, nous avons mené une opération de sensibilisation en collaboration avec l’ADEME pour réduire la quantité de déchets collectés par an et par habitant entre 2009 et 2015. Nous avons observé une réduction de 12 % du volume des poubelles. Pour rappel, en termes de quantité, nous sommes passés de 200 à 300 kilogrammes par habitant par an dans les années 1970, c’est-à-dire lors de la création du centre, à 700 kilogrammes dans les années 2000. Face à ce problème, nous avons mis en place plusieurs solutions :

1-      Le tri sélectif, dès 2001, de plusieurs matières (verre, papier, plastique d’emballage…),

2-      Le compostage des déchets organiques,

3-      La valorisation énergétique de la fermentation des déchets organiques »

Les deux experts expliquent néanmoins que le meilleur déchet, comme l’énergie, est le déchet non conduit jusqu’au centre, voire non créé. Des centres de réemploi d’objets animés par Emmaüs ont été mis en place dans les déchetteries de Bourgtheroulde et Saint-Georges-du-Vièvre. Des composteurs ont été distribués aux habitants.

Un strict respect des normes environnementales

Les casiers, ces trous géants creusés pour enterrer nos déchets, sont localisés à un endroit bien spécifique, au-dessus de 35 mètres d’argile. L’argile possède la propriété d’être imperméable. Il empêche les infiltrations d’eau. Cette barrière naturelle (dite « passive ») est renforcée par une couche d’un mètre d’argile mélangée à du calcaire et par des couches de plastique soudées (chaque soudure est vérifiée), portant à 1/10-9m.s-1 l’infiltration de l’eau dans le sol. Cette formule signifie qu’une goutte d’eau traverse 0,000 000 0001 mètre d’argile en une seconde, soit 0,3 mètres par an.

A titre d’exemple, le premier casier ayant été construit en 1974 ne disposait d’aucune des protections dont sont équipés les casiers actuels, à savoir un renforcement de la barrière naturelle de l’argile par des couches de plastiques soudées et imperméables, dite barrières « actives ». Lors de l’excavation de ce premier casier qui datait de plus de 20 ans et dont les déchets étaient devenus inertes, les infiltrations polluantes n’avaient contaminé que 30 centimètres de l’argile du fond du casier.

Le jus de poubelle ou lixiviat, ce liquide odorant résultant de la décomposition des matières de la poubelle et réussissant à traverser le sac, doit être récupéré et traité. Mieux, « nous avons l’obligation de rejeter le lixiviat sous forme d’eau  potable dans la nature » précise en souriant M. FABRE.WP_20160604_15_20_51_Pro

Pompé hors des casiers, le lixiviat traverse d’abord une grande cuve contenant des bactéries anaérobies, c’est-à-dire faisant un premier travail de dépollution en l’absence d’oxygène. Puis un grand bassin à l’air libre brasse le lixiviat auquel est insufflé de l’oxygène afin de prévenir la formation de l’hydrogène sulfuré, responsable des mauvaises odeurs. Après ce traitement biologique, les bactéries mortes sont récoltées sous forme de boues et épandues au pied de roseaux pour un deuxième traitement biologique. Les boues ne peuvent pas être enfouies avec le reste des ordures ménagères dans les casiers et doivent être transportées hors du site pour être épandues.

La valorisation énergétique des déchets

Nous attaquons ici le cœur du sujet pour l’ALEC 27, à savoir la transformation de déchets en source d’énergie et l’utilisation de cette énergie. Les déchets fermentescibles que sont les déchets ménagers enfouis produisent du biogaz lorsqu’ils se dégradent. Ce biogaz est composé à 50 % de méthane, le reste étant du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone et de l’hydrogène.

Les casiers sont équipés de pompes pneumatiques et de drains qui envoient le biogaz vers la toute nouvelle unité de valorisation du biogaz qui actionnera maintenant des moteurs à gaz connectés à des génératrices d’électricité au lieu d’être simplement brûlés dans des torchères. Le biogaz est filtré dans une cuve contenant du charbon actif afin de capter les pollutions éventuelles non connues des déchets.

« La totalité du processus ne produit aucun gaz à effet de serre, car même le surplus qui sera brûlé dans les torchères le sera à plus de 1000°C », explique M. FABRE qui poursuit sa description de l’équipement : « Nous sommes en attente de finalisation des dossiers de raccordement de l’installation au réseau par ERDF. Nous produirons 800 kWh et alimenterons en électricité une ville de 8 000 foyers ».WP_20160604_15_35_24_Pro

L’investissement s’élève à plus d’1,6 million mais a été réalisé par le prestataire retenu pour la délégation de service public. Le délégataire récupérera à son compte 80 % du chiffre d’affaires généré par la vente d’électricité au réseau et les 20 % restants iront au CETRAVAL qui répercutera à la baisse le prix de l’enlèvement des ordures ménagères.

Des actions exemplaires reconnues et récompensées

Le site est parcouru par des écologues afin de recenser les espèces intéressantes, c’est-à-dire recensées dans aucun autre lieu que celui du centre d’enfouissement des déchets en Normandie. Les eaux de pluie du centre, ainsi que celles de l’extérieur,  proches du site, sont envoyées pour analyses auprès d’hydrologues agréés tous les 6 mois. Le Syndicat a également installé des ruches suivies par un apiculteur de Routot et des hôtels à insectes.

« Tous les ans, nous avons de nouvelles mesures de qualité d’air, d’eau et de terre à intégrer dans nos analyses. Nous dépensons environ 120 000€ en frais d’analyse et d’études tous les ans. Nous sommes toujours en-dessous des normes et  cela nous permet de montrer à quel point nous travaillons bien à un des coûts les plus faibles de France puisque nous traitons la tonne de déchets pour 60€ tout compris, contrairement aux usines privées d’incinération qui facturent 120€ la tonne de déchets traitée » explique M. FABRE.

Le Syndicat a également engagé une démarche de reconnaissance auprès du label international ISO 14 001, labellisation obtenue en 2013. « L’obtention de cette certification qui vérifie la bonne gestion environnementale, mais aussi humaine et financière du site, nous a permis de baisser le prix de la tonne de déchets payé à l’Eta. De 40€ la tonne, nous sommes passés à 32€ et suite à la mise en service de l’unité de valorisation du biogaz du centre en juillet, nous passerons à 20€ la tonne », expose M. FABRE. La certification ISO 14 001 garantit également que le centre s’inscrit dans une démarche continue d’amélioration.

6 juin 2016
par

Centre de traitement et de valorisation énergétique ×

Un centre d'enfouissement de déchets exemplaire

Lire >